Band 
Province. Tome second.
Seite
361
JPEG-Download
 

LE BOURGUIGNON.

561

donne, et, dans le courant de la semaine, une nouvelle aubade gratis vous arriveen remerciement. — Ils seraient plus généreux de garder le silence.

Si la Bourgogne est riche en coutumes bizarres et en traditions, elle a beaucoupperdu en pittoresque du côté de ses fêtes. Clèves et Dijon eurent, de 1581 a 1560,l’une sa société des fous, l’autre sa mère-folle. Les slatuts de la première de cesfêtes servirent, pense-t-on, de modèle aux slatuts de la seconde, dont nous allonsdonner un aperçu rapide. Les fondateurs et les partisans de cette institution joyeuse,baptisée aussi infanterie dijonnaise, se rassemblaient tous les ans, les trois der-niers jours de carnaval, dans la salle du jeu de paume de la Poissonnerie. Chaquemembre arrivait bizarrement vêtu, accoutré d’habits collants, tout cousu et barioléde loques vertes, rouges et jaunes, sur la tête un bonnet dont les deux pointes agi-taient bruyamment deux sonnettes, et a la main une marotte au bout de laquelleriait une tête de fou. Le titre de m'ere-folle était dévolu au président, que gardes àcheval, officiers de justice, chancelier et grand écuyer suivaient comme serviteurssuivraient roi bien-aiiné. Après le président venait l’infanterie, composée au moinsde deux cents hommes. Cette troupe marchait en suivant pour drapeau un guidon surlequel se contusionnait une multitude de têtes de fous chaperonnés, au-dessus decette devise : Slullorum infinilus est numéros. La même devise se lisait sur un autredrapeau à deux flammes, des mêmes coupes, couleurs et dimensions que le premier.Son emblème était une femme assise, marotte en main et chapeau sur la tête. C’é-tait la mère-folle. De toutes les fentes de sa jupe, la digne femme, s’échappaient desmyriades de petits fous qui l’environnaient et l’inondaient. Quelle progéniture ! Jene connais plus de mère-folle aujourd’hui ; mais bon nombre de ses petits fous m’ontl’air d’avoir survécu, car aujourd’hui nous avons tant de grands, qu’il faut biencroire que quelques-uns d’entre eux sont des petits de jadis grandis a celte heure.— Dans les repas de corps chacun portait son plat. Les suisses de la garde, choisisparmi les artisans qui pouvaient s’habiller à leurs frais, suivaient à pied la mère-folle avec le colonel et les officiers qui, eux, suivaient à cheval. Dans les jours degrandes fêtes, la compagnie entière parcourait les rues de la ville, montée sur deschariots à six chevaux, caparaçonnés aux trois couleurs (rouge, jaune et vert), etrécitant des vers bourguignons. Elle représentait souvent des scènes : chacun por-tait alors le costume du personnage qu’il s’était chargé de représenter. Le long etattrayant cortège faisait halte devant l’hôtel du gouverneur et des principaux magis-trats, et si quelque événement venait d’émouvoir la ville dijonnaise, la personne àqui il était arrivé se voyait, l’instant d’après, représentée, imitée par un person-nage chez lequel souvent elle aurait désiré moins de fidélité et de ressemblance.Les petites aventures scandaleuses faisaient surtout l’objet de ces représentationssatiriques. — La réception des candidats ne présentait pas moins de bizarrerie : lefiscal vert, chargé de les interroger, le faisait en prose rimée, et il fallait que lesréponses fussent dans le même style. Le barreau de Dijon a fourni des avocats citéscomme très-habiles dans ces sortes d’impromptus. L’édit de suppression de la mère-folle date du 21 juin 1560.— D’autres villes s’amusèrent aux bruyantes orgies desfêtes de l’âne, du pape, de l’archevêque et de l’êvêqne des fous, fêtes pendant les-i>. il. U!