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Province. Tome second.
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LE BOURGUIGNON.

quelles les églises cathédrales devenaient le théâtre de véritables saturnales. L’autelétait transformé en buffet, diacres ou sous-diacres mangeaient ou faisaient sautersaucisses et boudins, des chants obscènes remplissaient la nef, les encensoirs brû-laient de vieux cuirs au lieu d’encens! !.... Après la messe, c’était une véritableorgie : des prêtres et des assistants dansaient tout nus dans l’église, qu’ils ne quit-taient que pour monter dans des chars remplis d’ordures, dont ils couvraient en-suite les passants! — A une autre de ces fêles (celle de l’âne), tous les répons de lamesse étaient les lii / liait! imitatifs delà hôte têtue, et à Vile, missa est,le célébrantse mettait â braire de toute la force de ses poumons , et les assistants de répondreencore en chœur : lii ! liait ! hi! lutn! In! Itan !— La Bourgogne vit aussi repré-senter chez elle ses farces pieuses, ses comédies saintes, ses moralités, autres céré-monies qui avaient tout autant de bizarrerie et souvent pas moins d’immoralitéque les fêtes précédentes. Un concile les défendit; le clergé s’efforça inutilement deles justifier ; mais elles n’en firent pas moins longtemps les délices de la populace,qui appelait paradis les tréteaux sur lesquels on les jouait. De tout cela, il ne resteaujourd’hui que quelques chômeries, cérémonies, processions maintenues parmiles corporations d’ouvriers; quelques pratiques restreintes souvent au cercle del’intimité domestique'. Mais nous trouvons à cette perte un ample dédommagementdans ce que nous appelons, nous, nos fêtes. Je veux parler de nos joyeux apports,ces fêtes villageoises qui ont lieu tout le long de l’année dans le voisinage des villes.Huit jours â l’avance, jeunes gens et jeunes filles y songent : l’un prépare son habitneuf, l’autre sa robe blanche : Je vais à la Saint-Marcel ! Je vais à la Saint-Cosme !Je vais à la Sainl-Jean-des-vignes ! etc., etc. Et le dimanche venu (un apport setrouve toujours un dimanche), ce sont les courses, les danses, les jeux, les prome-nades, les dîners sur l’herbe, enfin tout ce que la campagne en Imbits de fête peutoffrir de plus agréable aux couples citadins qui viennent la visiter.

Le village où l’apport a lieu déploie, ce jour-là, toutes ses ressources de parureet de friandise. On voit à chaque maison des tentes, où les marchands de jouets, defruits et de pâtisseries de toutes sortes luttent de bon marché pour avoir des cha-lands. Des tentes encore abritent la place où l’on danse, des planches y cachent laterre, et les groupes s’y abandonnent à toute leur ivresse pour la contredanse et lavalse, qui alternent toujours régulièrement. Pour l’orchestre, vous avez deux ton-neaux ; sur les tonneaux, une planche; sur la planche, deux ou trois chaises; surchacune des chaises, un instrument, violon, clarinette et grosse caisse... Ah! j’ou-hliais! de plus, à chaque instrument, un joueur quelconque, qui s’efforce de faire leplus de bruit possible. Le malheureux y réussit trop bien; gare les oreilles! Il y aordinairement dans chaque village deux salles de danse (je dis salle pour ne pas ré-péter place). L’une est occupée par les danseurs de la ville, et on s’y livre par con-séquent aux ailes de pigeon ou aux intentions premières du cancan, suivant que laville est en rapport plus ou moins direct avec la capitale. L’autre salle est pour lesindigènes du village, qui ne se confondent pas souvent avec les farauds de la ville,et exécutent entre eux les danses les plus inconcevables et les plus grotesques.Quelques-unes néanmoins sont piquantes; entre autres la bourrée charollaise, dont