LE POITEVIN.
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étendent leur domination sur la ville de Bordeaux et sur les pays qui sont entre laGaronne et les Pyrénées. Le dernier duc d'Aquitaine laisse pour unique héritièreune fille qui épouse le roi de France Louis le Jeune , et lui apporte ses vastesdomaines. Louis la répudie; elle se remarie six semaines après au roi d’AngleterreHenri II, et lui livre le Poitou avec scs autres états. Philippe-Auguste les reprendsur Jean-Sans-Terre par des conquêtes et des confiscations; Alphonse, son petit-fils, frère de saint Louis, eut le Poitou en partage et prit le titre de comte de Poitiers .Philippe le Bel donna cette comté à son fils Philippe le Long. Les Anglais la recon-quirent sous le roi Jean : elle leur fut cédée en toute souveraineté par le traité deBretigny. Enfin Charles V succède à Jean, reprend le Poitou, le laisse successivementà son frère et a son fils, qui meurent sans enfants mâles. Depuis, le Poitou ne futjamais séparé de la couronne, et bien des siècles s’écoulèrent où l’histoire de ce paystiendrait dans une page, comme on l’a dit des peuples heureux.
Celte province se divise en haut et bas Poitou. C’est un pays riant et plantureux,qui paraît, en plusieurs parties, couvert de bois. De là, pour l’un de ses cantons, lenom de Bocage. Il y a pourtant peu de grandes forêts, mais beaucoup de prés, detaillis, de pacages, de terres incultes qui se couvrent d’elles-mêmes de genêts etd'ajoncs épineux, à chaque pas ce sont des vallées profondes, arrosées par des ruis-seaux qui grossissent en hiver et les inondent. Les champs, les maisons, perdus aufond des bois ou de ces vallées, sont défendus par d’épais bourbiers et clos de haiesvives qui s’appuient, d’espace en espace, à des arbres noueux qu’on étête à chaquesaison et qui repoussent plus drus. Des chemins creux, des sentiers obscurs, se croisentet serpentent en tout sens sous ces arbres, resserrés entre les haies et comme frayésdans une seule et vaste forêt; si bien que d'un point élevé la contrée semble touteverte, et l’on dirait une mer de feuillages. Puis, au temps des moissons, des blésjaunissent tout à coup dans ces cadres de verdure; l’on aperçoit, en s’approchant,les tuiles d’une métairie, la pointe d’un clocher perçant les futaies, et tout un ha-meau se blottit comme uu nid d'oiseaux sous cette feuillée.
Une solitude profonde règne dans ces campagnes, tout y semblait disposé pour lesévénements qui s’y passèrent. Deux grandes routes seulement, celle de Nantes à laBochelle et celle de Tours à Poitiers , traversaient la province, laissant entre elles undésert de trente lieues. Il y avait peu de grandes villes ; les villages même étaientclair-semés : une .paroisse s’étendait sur diverses habitations répandues ça et là. Lesintendants, avant la révolution, n’auraient pas daigné s’occuper d’un pays qu’onregardait comme tout à fait sauvage. Cette négligence l'avait laissé sans commerceet sans industrie; mais elle y avait conservé, dans sa pureté, l’austère vertu desmœurs antiques. De faibles gains sur les productions et les échanges y rendaient lenuméraire extrêmement rare. On n’y voyait pas de grands corps de fermes. Leterritoire était divisé en métairies dont chacune renfermait une famille et ses valets,et qui rapportaient rarement plus de 600 livres de rentes. Elles ne manquaient pointde terres, mais ces terres produisent peu ; la nourriture et la vente des bestiaux enfaisaient la principale occupation et le revenu le plus clair.
Là vivait un peuple simple et bon ; l'innocence et l’hospitalité patriarcales régnaient