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Province. Tome second.
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LE POITEVIN.

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encore dans les métairies du Poitou. Ces habitations se composent d une pièceunique, à peine séparée de l’étable ; ça et la reluisent les meubles héréditaires en boisnoir et poli, que les habitants excellent a sculpter : le lit, haut et large, avec sapente de serge verte bordée de galon jaune ; au pied du lit, la huche à mettre le pain,qui sert a la fois d’estrade et de marchepied ; quelque vaisselle au long des parois;quelques fusils sur la cheminée ; la table au milieu, avec des bancs de bois a l'entour,et sur cette table, un pain noir et appétissant, le couteau fiché au milieu, qui sembleattendre le pauvre et le voyageur. Le voyageur, aussi bien que le pauvre, était le bien-venu chez le Poitevin, jusqu’au moment où il lirait sa bourse. Le paysan regardaittoute offre de paiement comme un outrage. Il n’était pas riche, mais il avait peude besoins; il travaillait, tout venait à bien, son seigneur ne le pressait pas, etpourvu qu'il pût manger en paix son gros pain de seigle, jouer aux boules le di-manche, et boire sa bouteille après vêpres, il vivait joyeux et charitable. Dans ce pays,disait un commissaire du gouvernement conventionnel, jamais un métayer n’avaittrompé son maître. Jamais on n’entendait parler d’un crime, rarement d’un procès.Le juge de paix ou le curé arrangeaient tous les différends, et le plus éclatant profitqu’on en pût tirer était de faire payer à son adversaire une garniture de cierges pourtous les autels de la paroisse. La plupart des vicis et des crimes étaient inconnus.Des vieillards conservaient dans le plus grand âge la candeur et la naïveté del’enfance. On n'apprend pas sans quelque attendrissement que de vieux Poitevinsportaient encore en 89 l’ancien haut-de-chausses du temps de Henri IV .

Le paysan poitevin est d’une taille médiocre, bien proportionnée et bien prise; ila la tête grosse, le cou épais, le teint jaune et pâle, les cheveux noirs, les yeuxpetits, mais expressifs ; sa démarche est lourde et gauche ; il est bilieux, taciturne,mélancolique, vindicatif, superstitieux, opiniâtre, méfiant, lent à se déterminer,mais d’une confiance sans bornes quand il s’est livré, d'une bonté extrême, d’unegrande imagination, d’une fidélité rigide dans ses engagements, généreux, stoïque,attaché h son sol, ’a ses usages, à sa religion, et capable dans la passion des élans lesplus héroïques ; il l’a bien prouvé. Son patois est un français corrompu, mêlé de latinet de quelques mots anglais ; il parle peu et s’exprime rarement d’une manière affir-mative. Lui demande-t-on s’il fait froid, il répond qu’il ne fait pas ckmid; si cettefemme est belle, il dira qu’elle n’est pas indifférente. Il affecte dans son langageune sorte de malice plaisante, de sérieux narquois, de naïveté feinte dont il abusesurtout avec l’étranger, cela s’appelle la gouaille. Les seigneurs eux-mêmes autrefoisn’échappaient pas à la gouaille qu’ils supportaient de bonne grâce.

Le Poitevin porte un grand chapeau rond à fond plat et à larges bords, les cheveuxtaillés en rond a l’ancienne manière des clercs, une veste de laine brune ou gris-bleu; sous cette veste, un gilet de laine blanche ou de cotonnade serré par uneceinture de mouchoirs rouges, une large culotte barrée, moitié laine moitié fil, etdes souliers ferrés. Les femmes sont grotesquement coiffées d’une aune de demi-fil ;elles s’entourent le corps d’une brassière d’étoffe brune sur un corset difforme mon-tant jusqu’aux épaules, et si renforcé de baleines, qu’il parerait un coup de sabre;elles ont là-dessous deux jupons, une paire de sabots, cl le tout est recouvert d’un