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LE POITEVIN.
grand capot noir à rubans de même couleur qui se rattache par devant avec descrochets argentés. Vers Poitiers , elles portent un bonnet carré, en forme de sac depapier, qui ne ressemble pas mal à la coiffure des janissaires. En général, ces femmessont laides, mais ce sont les plus grandes ménagères, les plus dignes et les meilleuresfemmes du monde.
Le dimanche, toute la paroisse se réunit rigoureusement a l’église; les hommessont dans le chœur ; les femmes, voilées de leurs capots, à genoux au bas de la nef ;partout, un silence et un recueillement que ne troublèrent point les approches despersécutions et de la guerre civile.
Tous les usages du Poitou, jusqu’aux divertissements, sont mêlés de pratiquesreligieuses ou de superstitions presque toujours innocentes et respectables. Souventdeux paroisses se portent un défi : on tend quelque part un câble que deux athlètestirent de chaque côté jusqu’à ce que l'un entraîne l’autre; l’enjeu est une barriquede vin que l’on boit ensemble après la victoire. Le jeu le plus commun est le jeu deboules. Quand une famille tue sou porc, c’est l’occasion d'une petite fête qui s’appelleles rïlles. Le jour entier se passe à manger, danser et boire; a la lin du souper, unplaisant monte sur la table et débite quelque conte, quelque discours, le plus souventun sermon ridicule, appris dans sa jeunesse. La moisson surtout est un heureux tempspour le paysan poitevin : sa femme et ses enfants glanent alors pour leur subsistancede l’année entière, et les huissiers le laissent en repos. On s’assemble dès l'aube auson du cornet à bouquin ; le travail commence au bruit des risées et des chansons ; lasoupe l'interrompt à midi; après le repas, on se couche, et l’on fait la méridienne. Lamoisson finie, les métiviers s’assemblent autour de la dernière gerbe et simulent degrands efforts pour l’arracher; mais, disent-ils, la gerbe tient bon;ils vont chercherle maître, et, dès qu’il paraît, la gerbe cède au premier effort. Le maître, alors,donne’à chacun une certaine portion de grain qu’on vend, et l’on achète avec le pro-duit une oie et du vin qu’on mange gaiement dans un festin où le maître préside.
Les fêtes religieuses sont marquées par d’autres pratiques où s’attachent diverspréjugés. A la Chandeleur , on mange des crêpes en famille, dans l’idée que les blés neseront point cariés. Le dimanche des Rameaux, par une allusion naïve et louchante,on plante une branche bénie dans les champs. Le vendredi saint, les travaux dela terre sont absolument interrompus; on ne manquerait pas, le jour de la Saint-Marc, et le premier jour de mai, de manger de l’ail vert pour affermir sa santé. Laveille de la Saint-Jean, chacun apporte son fagot, et le plus vieux ou le plus honoré dela paroisse allume le feu de joie. Quand la flamme s’élève, on tombe à genoux et l'onprie Dieu de bénir la moisson et de détourner de la paroisse les orages et les fléaux ; onpasse par les flammes des herbes odoriférantes et des branches de noyer qu’on gardepour mettre dans la boisson des bestiaux malades, dans la croyance qu'ils en serontguéris ; après quoi les garçons dansent autour du feu et s’amusent 'a sauter au traversdes flammes au bruit des rires de l’assistance. Les vieilles femmes conservent descendres de ce feu qui sont, à leur avis, un excellent spécifique contre les dartres,appelées dans le patois onderses. Comme dans les provinces du midi, il est d’usage,à Noël , de mettre dausle foyer une grosse bûche sur laquelle on jette solennellement