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LE POITEVIN.
Les chants Unis, viennent les momous. Ce sont des garçons qui portent à la mariéeun présent caché dans une corbeille : c'est quelque colombe, quelque joli oiseauattaché de rubans. On invite les momous pour les remercier. Le mari sert les con-vives et ne se met a table qu'au dessert. Après le souper et la cérémonie bien connuede la jarretière, les danses commencent. Cependant les époux se retirent et vontse cacher dans quelque maison écartée ; mais on se met à leur poursuite et Ton nelarde pas à les découvrir. On leur porte la soupe à l’oignon et un plat de cendres.C’est l’occasion de mille mauvaises plaisanteries, a la suite desquelles les mariésrejoignent la compagnie. Après le repas du lendemain, chaque convive prend unustensile du ménage : l’un la crémaillère, celui-ci un poêlon, cet autre une chaudière,et le cortège défile dans le village au milieu des huées des enfants. C’est la proces-sion nuptiale; la mariée fait ses visites et s’installe, pour ainsi dire, dans sa nouvellecondition.
La noce dure tant qu’il y a du vin à boire; celui qui vide la dernière barriqueattache le fausset à son chapeau. C’est le signal du départ. Chacun se retire, et lanoce finit au grand soulagement des époux.
Dans les longues soirérs d’hiver, les femmes se réunissent a la veillée, dans uneétable, a la lueur d’une lampe nourrie h frais communs. Là, rangées en cercle et ac-croupies sur leurs talons, elles filent leurs quenouilles, et la plus instruite raconted’effrayantes histoires de revenants et de sorciers. Les yeux sont fixes, les bouchesbéantes, et l’on n’entend que le sifflement des fuseaux qui tournent à peine sousles doigts tremblants. Le loup-garou est une croyance très-établie. On connaît lescrimes qui entraînent celte métamorphose et le temps que dure ce châtiment :le faux serment, le sacrilège, l'adultère, l’empoisonnement, l'incendie, le sortilège,la fréquentation du sabbat, condamnent, pour plus ou moins de temps, le pécheur aumétier de loup-garou. Cette opinion, du moins, contient le paysan et lui donne unehorreur difficile à concevoir pour les crimes dont ce supplice est la punition. Dans lasoirée, les garçons courent de veillée en veillée, sous quelques déguisements, etfont peur aux vieilles femmes qu’ils trouvent en chemin; d'autres restent toute lasoirée aux pieds de leurs maîtresses, et leur font mille agaceries qui donnent à rireà l'assemblée. Quand la lampe pâlit, les garçons prennent les filles parla main etdansent une frisée ou gavotte du Poitou, qui se danse 'a un nombre pair quelconque,souvent à vingt danseurs. Deux filles chantent alternativement et servent d’or-chestre. Ces danses, dit-on, remontent au règne de Louis XI , qui se récréait à cesjeux des bergères poitevines. Les générations s’en transmettent les airs ; les jeunesfilles les tiennent de leurs aïeules, et l'on n’en apprend jamais de nouveaux. Ceschansons et bien d’autres ne sont rien moins que de précieuses et naïves poésiesqu’on a trop négligées, faute d’en connaître le charme. La veillée finit quand la lampes’éteint.
Les sorciers étaient la grande superstition du pays : la pluie, la grêle, le ton-nerre, les maladies des bestiaux et des hommes sont de leur ressort. On a recoursà eux pour retrouver les objets perdus; ils influent sur la santé par des incanta-tions, des charmes, des herbes préparées. Les paysans leur accordaient une coufiance