LE POITEVIN.
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sans bornes. Mais depuis longtemps déjà les sorciers ont perdu de leur crédit ; et cen’est point aux opinions nouvelles, mais au zèle constant et éclairé des curés qu’ilfaut l’attribuer.
Les gentilshommes poitevins, robustes et aguerris, étaient de célèbres chasseurs;leurs châteaux, simplement meublés à l’antique, avaient conservé leurs vieillesmurailles et leur rude apparence d'autrefois; point de parcs ni de jardins anglais;leurs femmes, même parmi les plus grandes dames du pays, quand une affaire impor-tante les forçait de quitter la maison, voyageaient à cheval, en litière ou dans desvoitures a bœufs. Ils affermaient peu leurs terres et partageaient les productions avecleurs métayers ; de là des intérêts communs, des relations de confiance et de bonnefoi ; les propriétés étant très-divisées et une terre un peu considérable renfermantvingt-cinq à trente métairies, le seigneur communiquait habituellement avec lespaysans. Il les visitait souvent, causait avec eux des travaux de la terre, s’asseyait àleur table, allait aux noces de leurs enfants, buvait avec les convives. Le dimancheon dansait dans la cour du château, les dames ne dédaignaient pas de donner la mainaux paysans, et l’on conçoit rattachement que de pareilles habitudes avaient pu éta-blir entre ces hommes simples et sauvages et d’anciennes familles qui, depuis si long-temps, avaient toute leur confiance. Quand le seigneur chassait le sanglier ou le loup,le curé avertissait au prône, marquait le rendez-vous ; ils prenaient leurs fusils,accouraient pleins de joie et suivaient leur seigneur à la chasse comme ils le suivi-rent plus tard à la mort.. La partie de chasse du seigneur était une partie de plaisirpour les vassaux. On leur dit bien, plus tard, que ces seigneurs étaient des monstreset des oppresseurs, ils les aimaient ainsi; ils le firent bien voir.
Mais il est impossible de ne point s’arrêter b ces événements modernes, d’où cetteprovince a tiré tant de nouveau lustre et d’importance, et qui serviront surtout àmettre dans son jour le caractère de ses habitants ; il rat impossible de parler dela Vendée sans réveiller l’idée de ses hauls fails et de ses malheurs. La guerre éton-nante dont ce pays a été le théâtre a changé ses mœurs et jusqu’à son nom : elleest devenue son trait distinctif et dominant. On dit la Vendée Militaire , et le Poite-vin n’est plus qu’un soldat.
95! chiffre funèbre, jours sanglants, mais aussi glorieux à jamais I II sembleque Dieu n’ait point voulu permettre que la France entière fût complice, par le si-lence du moins et la terreur, de ces forfaits inouïs ; et tandis que la hideuse guillo-tine fonclionnait sur nos places, tandis que tout un peuple, dans sa stupeur, courbaitla tête sous la hache, une protestation sublime éclate dans une humble province,le drapeau royal s’y relève au milieu de ses épées fidèles, et la splendeur des tempsmonarchiques rayonne, avant de s’éteindre, de ses plus magnifiques clartés. Sans doutedes voix rigides ont justement flétri les égarements du clergé et de la noblesse dansle dernier siècle, mais quels retours prompts et magnanimes, quelles terribles ex-piations les ont rachetés! Ce clergé si coupable put fournir des martyrs au massacredes Carmes, et certes la noblesse eut ses dignes victimes, quand un Lescure, unBonchamps, un d’Elbée, montèrent devant l’Éternel implorer le pardon de leursIrères. O temps pleins de merveilles! naguère ce n’éiail de toutes parts que prélats