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Province. Tome second.
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LE POITEVIN.

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terre le produit de leurs bestiaux. Par cette division du fermage, les seigneurs avaienta traiter avec chaque famille, et entretenaient avec toutes des rapports continuels etfaciles. La vie la plus simple régnait dans les châteaux : on s’y livrait à la chasse acausé de l’abondance du gibier; les seigneurs et les paysans la faisaient en commun,et tous étaient célèbres par leur adresse et leur vigueur. Les prêtres, d’une grandepureté de mœurs, y exerçaient un ministère tout paternel. La richesse n’avait nicorrompu leur caractère, ni provoqué la critique sur leur compte. On subissait l’au-torité du seigneur, on croyait la parole du curé parce qu’il n’y avait ni oppression niscandale. »

Rappelons maintenant comment cet heureux et simple paysan devint un soldathéroïque. Remettons dans toute leur gloire ces héros inconnus, assez longtemps cou-verts par la poudre et la fumée des batailles. Un jour, peut-être, on saura les exploitsignorés, les suprêmes efforts de cette Vendée et de cette armée de Condé, étouffésdurant trente ans par le fracas des chants de victoire. Peut-être appartient-il 'a cettegénération de balbutier les premières vérités de celte histoire. D’ailleurs, il en esttemps, ne renions plus cette gloire qui est bien nôtre assurément, et qui fut si pure.Imitons du moins, à notre tour, ces braves gentilshommes de l’émigration, à quil’épée tombait des mains sur le Rhin , en admirant leurs anciens soldats qui se bat-taient contre eux. Déjà les passions s’apaisent, la fumée se dissipe, et avant qu’unevoix s’élève plus forte et plus digne, qu’il nous soit permis d’évoquer un momentces ombres illustres et qu’on pardonne à l’enthousiasme irrésistible qu’elles inspirent ;qu’on nous accorde au moins de partager à leur égard l’opinion de leurs ennemisdont nous pourrions nous appuyer à chaque pas. Essayons enlin, après tant d’autres,de ranimer ce cadavre de la vieille France , mettons la main sur ce grand cœurépuisé, réveillons-y la dernière image de sa grandeur durant quatorze siècles, et as-surons-nous que ces souvenirs, tant de fois invoqués en vain, ne peuvent plus luiarracher un seul battement.

La révolution éclate. On sait ce qu’il fallut de machinations ténébreuses, d’odieusesmissions pour égarer le peuple des provinces. Les Poitevins ne se laissèrent pas sé-duire un moment, par ces remises des dîmes, des terrages, des lods et ventes, qui,sous couleur de réforme, attentaient aux fondements de la constitution. Us ne savaientautre chose là-dessus, sinon que c’était le bien d’aulrui,et disaient déjà que ce désordrene conduirait à rien de bon. On leur dépêche deux apôtres de la commune de Paris ,Gallois et Gensonné , débitant le sophisme et l’invective dans le pathos hypocrite dece temps-là. On faillit les assommer. On ordonne d’enlever des églises les bancs sei-gneuriaux : l’ordre n’est point exécuté; on décrète la formation des gardes natio-nales, les paysans en font leurs seigneurs commandauls. La persécution contre leclergé accroît le désordre. Les prêtres assermentés sont repoussés, les vieux curésdisent la messe en pleins champs au milieu de leurs paysans qui les gardent, le cha-pelet d’une main, le fusil de l’autre. On se croit transporté, dit M. de Bourniseaux,aux premiers siècles de l’église, dans ces catacombes ou les anciens chrétiens célé-braient leurs mystères augustes, à la veille de confesser leur foi devant les tyrans etde souffrir le martyre dans le cirque. Çà et là s’émeuvent des séditions partiellesn. ig