5
A minuit et demi, Napoléon arriva, précédant sa troupe dequelques pas. Il établit son bivouac près de la ville. .
A une heure, il se fit amener le prince du Monaco , à qui ildemanda où il allait, et s’il voulait le suivre. Chacun s’aper-çut facilement aux gestes du prince, qu’il s’en excusoit, etsollicitait la liberté de continuer sa route ; ce qui lui fut per-mis sur-le-champ.
A trois heures, Gonaparté donna l’ordre du départ, et montaà cheval. Sa troupe le suivait: tambours et musique en têteprécédé de quatre pièces de campagne et d’une superbe voi-ture. Il prit la route de Grasse, et fit halte à une lieue decette ville. Il envoya un général pour sonder les dispositions ;y trouva une vive agitation, mais nullement favorable à sesvues ; en s’approchant il put s’eu convaincre, et ne crut pasprudent d’entrer, il prit alors la route de Saint-Vallier, lais-sant à la poite de Grasse ses quatre pièces d’artillerie et savoiture. On présume que son plan est de s'avancer du côtéde Grenoble, en passant par Castellane, Digne, Sisteron , Gap,et répandant sur sa route tous les bruits susceptibles d’encou-rager sa troupe.
Mais on a déjà remarqué que see propres soldats vendaientleurs cartouches ; que des armes, des cocardes ont été trou-vées abandonnées au bivouac et dans les rues ; ce qui supposedes désertions dans sa troupe. Quatre hommes ont été ar-rêtés ivres dans un village ; dix autres sont entrés à Grasse ety sont restés. On n’a pas connaissance qu’un seul hommesait pris parti ou fait la moindre démonstration favorable àGonaparté.
Cet événement n'a eu sur tous les esprits à Toulon qu’uneheureuse influence. Tous les habitans et tous les militairesont fait éclater à-la-fois leurs sentimeus d’attachement et dede fidélité au gouvernement. L’ordre et la tranquilité régnentdans la ville ; la plus parfaite discipline et le meilleur espritparmi les troupes
Les lettres de Grenoble , en date du .5 au matin annon-cent qu’au moment où la nouvelle du débarquement s’estrépandue dans la ville, un grand nombre d’habitans se sontportés à l'étaMnajor de la garde nationale pour se faireinscrire sur les contrôles et faire le service actif; la cocardeblanche a été spontanément reprise, et les cris de vive leroi se sont fait entendre de toutes parts. Les troupesqui composent la garnison outpartagé ce mouvement; ellessesont montrées animées du meilleur esprit, pleines d’ardeur etde fidélité, et d’une confiance absolue dans leurs chefs, qurse-condent avec une zèle digne d’éloges les sages dispositionsprises par le lieutenant-général Marchand. L’union la plusparfaite règne entre les troupes et la garde nationale, entre leschefs militaires et l’administration.