qui c'est passé au régiment depuis le 9 du courant, jour dénotre départ pour Cambrai. A 7 heures du matin, M. le gé-néral Lefebvre-Desnouettes arriva de Lille : il lit monter sonrégiment à cheval ; nous nous mîmes en route, et nous vînmescoucher à La Fère . Le lendemain matin, 10, il eut une scèneassez fâcheuse avec le général commandant l’artillerie, sur lademande qu’il lui fit de mettre de l’artillerie et des artilleurs àsa disposition, et sur le refus f"rmel'que lui fit ce général, nouspartîmes, et nous dépassâmes les postes.
Il y eut quelques cris de vive l’empereur, qui furent provo-qués par le général Lefebvre, ce qui nous a donné lien de soup-çonner dès lors qu’il avait conçu quelque projet coupable.Nous continuâmes notre route sur Noyon ; là il nous dit pourla première fois que nous devions nous trouver douze à quinzemille hommes de toutes armes, sans nous dire le sujet de cerassemblement. Nous fûmes étonnés de n’y trouver personne,ce qui nous confirma dans nos soupçons. Le 11, il partit autrot, à la tête de deux escadrons, et arriva à Compiégne à cinqheures du matin : il fit demander au colonel du fie de chas-seurs s’il voulait le suivre avec son régiment; ce colonel refusa,comme bien vous pensez. Cet entretien eut lieu pendant quej’étais de deux lieues en arrière avec le reste du régiment.J’appris cet événement dans la journée. J’étais sur pied ainsique le corps d’officiers. Ce sentiment nous força à demanderau colonel ce qu’il voulait de nous, où il voulait nous conduire;ajoutant que notre intention était qu’il s'expliquât nettementet que nous soupçonnions qu’il venait de compromettre l’exis-tence du régiment delà manière la plus forte, et qu’il nenous restait qu’à implorer la clémence du Roi. Nous fûmesbien plus étonnés alors lorsqu’il nous proposa de nous jeteren partisans sur Lyon . Aussi nous n’hésitâmes pas, et nouslui déclarâmes que nous ne pouvions le suivre. Ce qui le dé-termina à nous quitter à l’instant, et à fuir. Aussitôt je fissonner à cheval, et nous rétrogradâmes sur Cambray , où j’ar-rivai demain.
Pu issiez-vous, M. le maréchal, être notre interprète auprèsdu ltoi, pour l’assurer de notre fidélité, et daignez me donnerun mot de réponse pour nous retirer de notre cruelle incerti-tude sur l’avenir.
J’ai l’honneur d’être, etc.
(Signé) Lions.
P.S. M. Brice, capitaiue adjudant-major, est le seul qui aitsuivi le sort du général Lefebvre,