52
leur était pas permis de fouler aux pieds la cocarde blanche etd’arborer celle du peuple français . Le général commandantne paraissait pas jouir de la conbance des troupes, et sur troiscolonels, un seul, le colonel Marbot, avait leur estime. Lesdeux autres, anciens émigrés, leur étaient plus que suspects.Aujourd’hui, à six heures du matin, le colonel Marbot estmonté à cheval, a parcouru la ville, a été suivi des soldats auxcris de vive l'empereur ! et la cocarde et le pavillon tricoloreont été arborés à l'instant. L’un des colonels émigrés se réfu-gia dans la citadelle, où il voulut se maintenir. Le colonelMarbot y marcha. Mais déjà le bataillon qui formait la gar-nison avait arraché uu colonel émigré sa cocarde blanche ets’était emparé de lui. Pendant que cela se passait, le généralcommandant la place s’enfuyait à l’étranger.
Cet événement se passait avant que les ordres donnés aumaréchal Mortier lui fussent parvenus. Nous n’avons en effetappris que ce soir que les princes étaient sortis de Lille hier, etque le duc d’Orléans a remis cette nuit le commandement aumaréchal Mortier en s’en rapportant à sa prudence. Une par-tie de la maison du roi s’est réunie à nos troupes ; c’est cellequi en avait été tirée; l’autre qui n’avait jamais servi, ou qui necomptait aucun service dans nos rangs, erre en petits pelotonsou trois hommes dans diverses directon pour s’échapper.
S. M. a passé aujourd’hui en revue dans la cour de*Tuil cries dix régimens d’infanterie; six régimens de cava-lerie; deux régi mens d’artillerie et un régiment du génie.Line partie de ces troupes était venue à marche forcées parun mouvement spontané et brûlant du désir de revoir l’em-pereur. Les unes portaient leurs anciens aigles qu’ellesavaient dérobés à toutes les recherches; les autres avaientdes drapeaux aux trois couleurs sur lesquels les aiglesétaient peints. Il ne manquait à tous ces corps ni un officier,ni un soldat, à la seule exception du colonel du 4e régimentd’infanterie qui avait été destitué pour sa mauvaise conduite.
Au milieu de la revue, les officiers et les sous-officiers se sontformés eu cercle, et sa majesté, placée au centre, les a entre-tenus pendant long-tems. Grâces au peuple français et àvous, leur a-t-il dit, le trône impérial est rétabli. Il est recon-nu dans tout l’empire sans qu’une goutte de sang ait été versée.Le comte de Lille , le comte d’Artois, le duc de Berri, le ducd’Orléans ont passé la frontière du Nord , et sont allés cher-cher un asyle chez l’étranger. Le pavillon tricolore flotte surles tours de Calais, de Dunkerque, de Lille, d’Arras , de Valen-ciennes, de Condé, etc., etc. Quelques bandes de Chouansavaient cherché à se former dans le Poitou et dans la Vendée .