303
plovée, nous ne pouvions plus espérer de succès décisifs. Maisle maréchal Gronchy ayant appris le mouvement du corpsprussien, marchait sur le derrière de ce corps, ce qui nous as-surait un succès éclatant pour (ajournée du lendemain. Aprèshuit heures de feu et de charges d’infanterie et de cavalerie,toute l’armée voyait avec satisfaction la bataille gagnée et lechamp de bataille en notre pouvoir.
Sur les huit heures et demie, les quatre bataillons de la moy-enne garde qui avaient été envoyés sur le plateau au-delà deMont-St-Jean pour soutenir les cuirassiers, étant gênés par samitraille, marchèrent à la bayonnette pour enlever ses batte-ries. Le jour finissait, une charge faite sur leur flanc par plu-sieurs escadrons anglais les mirent en désordre, les fuyards re-passèrent le ravin, les régi mens voisins qui virent quelquestroupes appartenant à la garde à la débandade, crurent quec’était de la vieille garde et s’ébranlèrent; les cris tout est per-du, la garde est repoussée, se firent entendre; les soldats pré-tendent même que sur plusieurs points des malveiHans apos-tés ont crié sauve qui peut. Quoiqu’il en soit, une terreur pa-nique se répandit tout à-la-fois sur tout le champ de bataille ;on se précipita dans le plus grand désordre sur la ligne decommunication, les soldats, les canonniers, les caissons se pres-saient pour y arriver; la vieille garde qui était en réserve, enfut assaillie, et fut elle-même entraînée.
Dans un instant, l’armée ne fut plus qu’une masse confuse,toutes les armes étaient mêlées, et il était impossible de réfor-mer un corps. L’ennemi, qui s’aperçut de cette étonnanteconfusion, fit déboucher des colonnes de cavalerie, le désor-dre augmenta, la confusion de la nuit empêcha de rallier lestroupes et de leur montrer leur erreur.
Ainsi une bataille terminée, une journée de fausses mesuresréparées, de plus grands succès assurés pour le lendemain,tontfut perdu par un moment de (erreur panique. Les escadronsmême de service, rangés à côté de l’empereur, furent culbutéset désorganisés par ces flots tumultueux, et il n’y eut plusd’autre chose à faire que de suivre le torrent. Les parcs deréserve, les bagages qui n’avaient point repassé la Sambre, ettout ce qui était sur le champ de bataille sont restés au pou-voir de l’ennemi. Il n’y a eu même aucun moyen d’attendreles troupes de notre droite ; on sait ce que c’est que la plusbrave armée du inonde, lorsqu’elle est mêlée et que son orga-nisation n’existe plus.
L’empereur a passé la Sambre à Charleroy le 19 à cinq heu-res du matin, Philippeville et Avesne ont été donnés pourpoint de réunion. Le prince Jérôme, le général Morand etles autres généraux y ont déjà rallié une partie de l’armée.Le maréchal Grouchy , avec le corps de la droite, opère sonmouvement sur la Basse-Sambre.