CHAPITRE V.
2G3
était entré dans la boutique, déserte en ce moment, d'unlayetier. Un auvent renversé lui servit de refuge. Tout-à-coup des éclats de voix retentissent dans l’obscure allée ;la porte de la boutique s’ouvre. « 11 est dans cette mai-« son, » disaient les visiteurs armés qui avaient envahila salle. Et ils accompagnaient ces mots des plus horriblesmenaces. Blotti sous l'auvent protecteur, l'officier enten-dait tout; chaque parole retentissait à son oreille commeun arrêt de mort, et il écoutait avec effroi le bruit de sapropre respiration. Mais son haleine agitait autour de luiquelques papiers d’emballage et suffisait pour le trahir. Lepied d'un homme vint s'appuyer légèrement sur son bras :il se crut perdu, il était sauvé. « Que faisons-nous ici?« cria rudement celui qui venait de le découvrir. Allons« visiter la maison. » 11 sortit, entraînant ses camarades,et revint un instant après chercher l’officier, qui lui dut lavie, et disparut à la faveur d'un déguisement. Le lieute-nant Goyon, après s’ètre courageusement défendu d’étageen étage, s’était renfermé dans une chambre avec quel-ques-uns de ses soldats. Mort à l'officier, criait de toutesparts la foule irritée des assaillants. « Me voilà! » répon-dit-il aussitôt, en ouvrant la porte. Frappé de plusieurscoups, il tombe, le visage inondé de sang; mais deux desinsurgés s’élancent vers lui, le prennent dans leurs braset l'emportent au péril de leur vie. Un autre officier,nommé Ferrand, eut un sort plus funeste. Ses blessuresétaient mortelles : il succomba ; mais ce fut un des insur-gés qui veilla sur son agonie, reçut son dernier soupir, etse chargea d’exécuter ses volontés suprêmes. L'histoiredes révolutions est remplie de traits semblables. Ils prou-vent que les grandes crises, en surexcitant les diverses