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HISTOIRE DE DIX AXS.
Charles X avait une attitude calme. Indifférent pourlui-même, il ne s'occupait que des gens de sa suite :égoïste en cela pourtant, car les rois ont cet orgueil des’aimer dans leurs serviteurs. Du reste, sa conduite étaitpleine de contradictions apparentes. L’aspect de la dau-phine en pleurs, de ses courtisans éperdus, de deux en-fants qui s’amusaient, avec l’ignorance de leur âge, deces nouveautés introduites dans leur existence, tout celale trouvait, sinon impassible, du moins résigné-, mais ilsuffisait, pour lui causer une irritation puérile, de la vued'un lambeau tricolore, ou d’un léger manquement à l’é-tiquette. Dans la petite ville de l’Aigle, il avait fallu fairefabriquer une table carrée, selon les usages de Cour,pour le dîner de ce monarque à qui échappait un empire.Il montrait ainsi, réunis en sa personne, cet excès degrandeur et cet excès de petitesse que donne la pratiquede la royauté; et, portant avec courage l’ensemble deson infortune, il n’en pouvait patiemment tolérer lesdétails. Il aurait voulu qu’on lui fît du moins une misèrepompeuse.
, A Maintenon , il avait consenti sans trop d’efforts aulicenciement de son armée. A Dreux , il s’était vu enleversans se plaindre l’artillerie de la garde, dont on n’avaitconservé que deux pièces de canon. Il avait cédé enfin,tant qu’il ne s’était agi que de perdre la réalité de la puis-sance ; mais quand on voulut lui en disputer les dehors,il sentit renaître en lui tout l’orgueil de son sang ; résignéà l’exil, pourvu qu’il eût l’air d’emporter avec lui l'éclatde sa race et les lambeaux de la monarchie.
11 se plaignait surtout de l'impatience des commissaires,et il trouvait injuste qu’on l’empèchàt de voyager avec