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HISTOIRE DE DIX ANS.
tiques, contenues jusqu’ici dans les sommités de la société, commencent àen pénétrer les profondeurs et à émouvoir les masses populaires, lis ontprouvé aussi que ces masses ne s’ébranleraient pas toujours sans dangerpour ceux-là meme qui s’efforcent de les arracher au repos.
Une multitude de faits recueillis dans le cours des opérations électorales,confirment ces données, et nous offriraient le présage trop certain de nou-velles commotions, s’il n’était au pouvoir de Votre Majesté d’en détourner lemalheur.
Partout aussi, si l’on observe avec attention, existe un besoin d’ordre, deforce et de permanence, et les agitations qui y semblent le plus conlrain sn’en sont en réalité que l’expression et le témoignage.
11 faut bien le reconnaître, ccs agitations, qui ne peuvent s’accroître sansde grands périls, sont presque exclusivement produites et excitées par laliberté de la presse. Une loi sur les élections, r.on moins féconde en désor-dres, a sans doute concouru à les entretenir ; mais ce serait nier l’évidenceque de ne pas voir dans les journaux le principal foyer d’une corruption dontles progrès sont chaque jour plus sensibles, et la première source descalamités qui menacent le royaume.
L’expérience, Sire, parle plus hautement que les théories. Des hommeséclairés sans doute, et dont la bonne foi, d’ailleurs, n’est pas suspecte, en-traînés par l’exemple mal compris d’un peuple voisin, ont pu croire que lesavantages de la presse périodique en balanceraient les inconvénients, etque ses excès se neutraliseraient par des excès îontraires. 11 n’en a pas étéainsi, l’épreuve est décisive, et la question est maintenant jugée dans laconscience publique.
A toutes les époques, en effet, la presse périodique a été, et il est dans sanature de n’étre qu’un instrument de désordre et de sédition.
Que de preuves nombreuses et irrécusables à apporter à l’appui de cettevérité! C’est par l’action violente et non interrompue de l'a presse que. s’ex-pliquent les variations trop subites, trop fréquentes de notre politique inté-rieure. Elle n’a pas permis qu’il s’établit en France un système régulier etstable de gouvernement, ni qu’on s’occupât avec quelque suite d’introduiredans toutes les branches de l’administration publique les améliorationsdont elles sont susceptibles. Tous les ministères depuis 1814, quoique forméssous des influences diverses et soumis à des directions opposées, ont été enbutte aux memes traits, aux memes attaques et au même déchaînementde passions. Les sacrifices de tout genre, les concessions du pouvoir, lesalliances de parti, rien n’a pu les soustraire à cette commune destinée.
Ce rapprochement seul, si fertile en réflexions, suffirait pour assigner àla presse son véritable, son invariable caractère. Elle s’applique, par des ef-forts soutenus, persévérants, répétés chaque jour, à relâcher tous les liensd’obéissance et de subordination, à user les ressorts de l’autorité publique,à la rabaisser, à l’avilir dans l’opinion des peuples et à lui créer partoutdes embarras et des résistances.
Son art consiste, non pas à substituer à une trop facile soumission d’espritune sage liberté d’examen, mais à réduire en problème les vérités les pluspositives ; non pas à provoquer sur les questions politiques une controverse