Band 
Tome quatrième.
Seite
48
JPEG-Download
 

48

HlSTOinE DE DIX ANS.

part de Blaye , on lui remit une lettre de son premierécuyer. A peine y a-t-elle jeté les yeux, que son front sevoile de tristesse. Uue plainte amère lui échappa, dit-on.et elle fut tout un jour à se remettre de son trouble. Lalettre était froidement respectueuse, et M. de Mesnard ydisait que, pour accompagner la princesse, il attendraitses ordres. Pourtant, nul parmi les légitimistes n’était plusque M. de Mesnard dévoué aux intérêts et docile aux vo-lontés de Marie-Caroline. Mais l’influence des mécontente-ments dupartiavait peut-être finipar le gagner lui-même;peut-être aussi pensait-il que la dernière déclaration dela mère de Henri V n’était pas suffisamment expliquée parl’oppression dont elle avait été victime. Quoi qu’il en soit,il se rendit à Blaye , quand le moment fut venu, prêt àsuivre dans des contrées lointaines celle dont il avait servitour à tour la grandeur et l’abaissement.

La princesse de Brauffremont donna au parti royaliste,dans cette circonstance, un grand exemple découragé etde générosité. Entourée dans ce parti d’une juste considé-ration, et connue pour n’avoir jamais recherché les posi-tions de Cour, elle accourut à Blaye , résolue à ne se sé-parer de Marie-Carolineque lorsqu’on aurait reçu à Prague cette mère du duc de Bordeaux , que tout le monde main-tenant semblait abandonner.

Ce fut le 8 juin que Marie-Caroline quitta sa prison. Cevoyage devait avoir une haute importance historique ; etil faut absolument en connaître les détails si l’on veutanalyser la situation du parti légitimiste, soit en France ,soit à l’étranger. A Blaye , les préparatifs du départ étaientpoussés, depuis quelque temps, avec beaucoup d’activité.Le 8, un bateau à vapeur vint mouiller devant la citadelle.