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HISTOIRE DE DIX ANS.
A cette argumentation, qui manquait d’ampleur, maisnon pas de justesse, les orateurs adverses et, à leur tète,M. Mauguin, répondaient : que la suppression des conseilsd’arrondissement aurait pour effet de ralentir l’action ad-ministrative; que ce résultat, fâcheux en toute circons-tance, le deviendrait surtout en temps de crise et en tempsde guerre; que si les conseils d’arrondissement n’avaientpas des attributions suffisantes, il fallait les pourvoir unpeu mieux au lieu de songer à les détruire ; que l’arron-dissement étant déjà une circonscription politique par lesystème électoral, une circonscription judiciaire par le tri-bunal civil, une circonscription administrative par la sous-préfecture, il était tout simple d’v placer le centre des dé-libérations relatives aux intérêts de localité : qu’en unmot, ce qu'il fallait craindre surtout et éviter, c’était l’af-faiblissement du pouvoir central, l’énervement de l’admi-nistration.
M. Mauguin, on le voit, opposait au système des con-seils cantonaux le grand principe, de l’unité dans le pou-voir. Mais en cela il confondait deux choses essentielle-ment distinctes : il oubliait que la centralisation n’estutile, féconde, nécessaire même, qu’en matière d’intérêtsgénéraux, c’est-à-dire en matière de religion, d’enseigne-ment, de direction morale par les fêtes ou les spectacles,d'industrie, de travaux publics ; qu’elle est au contraireétouffante et funeste, appliquée aux intérêts d’une naturespéciale, aux intérêts locaux. Nous avons eu ailleurs oc-casion de le remarquer : la centralisation politique, c’estla force; la centralisation administrative, c’est tôt ou tardle despotisme. Malheur au pays où la liberté politique nese lie pas intimement à la liberté municipale! Car c’est par