12
HISTOIRE DE DIX ANS.
« n’est qu’un fantôme créé par les fripons pour épouvanter
« les imbéciles.Il s'agit bien plus de rendre la pau-
« vreté honorable que de proscrire l’opulence ; la chau-« mière de Fabricius n’a rien à envier au palais de Cras-« sus : j’aimerais bien autant, pour mon compte, être« l’un des fils d’Aristide, élevé dans le Prytanée aux dé-« pens de la république, que l’héritier présomptif de« Xercès, né dans la fange des Cours, pour occuper un« trône décoré de l’avilissement du peuple et brillant de« la misère publique. Posons donc de bonne foi les prin-« cipes du droit de propriété : il le faut d’autant plus« qu’il n’en est point que les vices des hommes aient« cherché à envelopper de nuages plus épais. Demandez« à ce marchand de chair humaine ce que c’est que la
« propriété. Il vous dira, en montrant cette longue
« bière qu’il appelle un navire, où il a encaissé et serrék des hommes qui paraissent vivants : Voilà mes pro-ie priétés ; je les ai achetées tant par tête. Interrogez le« gentilhomme qui avait des terres, des vassaux, et qui
u croit l’univers bouleversé depuis qu’il n’en a plus.
« il vous donnera, de la propriété, des idées à peu près.< semblables. Interrogez les augustes membres de la dy-
« nastie capétienne.Ils vous diront que la plus sacrée
« de toutes les propriétés est sans contredit le droit héré-« ditaire dont ils ont joui de toute antiquité, d’opprimer,« d’avilir et de s'assurer légalement et monarchiquement« les vingt-cinq millions d’hommes qui habitaient le« territoire de la France , sous leur bon plaisir. «
Au reste, la définition qui, présentée sous le nom deItobespierre, semblait si menaçante à M. Dupin, elle appar-tenait à .Mirabeau, comme le fit très-bien observer Armand