Band 
Tome quatrième.
Seite
179
JPEG-Download
 

CHAPITRE IV.

1*9

La conspiration recruta bientôt dans la jeunesse italienne des soldats nombreux etdévoués ; elle prit racine dans l’ar-mée, et, plus particulièrement, dans le corps d’artillerie.Quelques hommes de diverses provinces devaient com-poser le gouvernement insurrectionnel, pouvoir d’excep-tionqui aurait duré autant que l'insurrection elle-même,c’est-à-dire jusqu’au jour où l’Autriche n’aurait plus pos-sédé un pouce de terrain en Italie . Cejour-là, un congrèsnational, né du suffrage universel à deux degrés, se seraitrassemblé à Rome , et devant lui se seraient anéantiestoutes les autorités issues de l’orage. Au mouvement in-térieur devaient correspondre des tentatives venues dudehors. On adoptait le système de la guerre par bandes ,parce que c’était celui qui, selon l'opinion de Mazzini, seconciliait le mieux avec les inspirations du patriotisme,parce qu’il consacrait par une multitude de faits d’armeschaque pierre de la patrie, parce qu'il n’étouffait pas sousle poids de la régularité militaire la spontanéité des ver-tueux élans ; parce qu’enfîn, comme l’avait dit Napoléon,ce n’était point par la charge en douze temps qu'on dé-fendait les Thermopyles.

Une idée fausse domina, malheureusement, toutes cescombinaisons. Le sentiment national s’était attiédi en Ita-lie , même parmi les patriotes les plus sincères, par l’ha-bitude où étaient les Italiens depuis 1830 de tourner lesyeux vers la France et de n’espérer qu'en elle. Mazzini etses compagnons voulurent réagir contre cette tendance,mais ils la combattirent avec excès. Victimes d’une hono-rable illusion, ils s’imaginèrent qu’en Italie , où le peuplen'a pas la puissance de l’extrême misère, un appel à l’in-dépendancesulïiraitpour faire sortirde terre des bataillons