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HISTOIRE RE DIX ANS.
disposition, et il partit. Mazzini lui avait recommandé, enqualité de secrétaire, un jeune modenais par qui ses dé-marches devaient être secrètement surveillées.
Mazzini organisa la conspiration en Savoie avec uneprodigieuse activité. Il se mit en rapport avec les Polonais,avec les Allemands, avec les carabiniers suisses ; il achetades fusils, étudia le plan de la prochaine campagne, et,dans des lettres ardentes, poussa les démocrates de Paris à tenter une diversion. Il fit plus : pour les y décider, illeur montra l'Italie frémissante et déjà victorieuse, de sortequ’il exagérait les chances de succès pour les accroître etsupposait le triomphe pour l’obtenir. Ce qu’on désire avecviolence, on le croit sans peine : les chefs du parti répu-blicain à Paris se préparèrent à seconder énergiquementl’expédition de Savoie . Mais elle avait été condamnée,comme téméraire et entachée d’alliage aristocratique, parle patriarche de la Charhonnerienouvelle, par Buonarotti.
Qu’on nous permette de ne pas poursuivre sans avoirpeint cet homme, si peu connu, et qui est cependant unedes plus grandes figures de notre époque.
Né à Pise, Buonarotti descendait de Michel-Ange . Lagravité de son maintien, l’autorité de sa parole, toujoursonctueuse quoique sévère, son visage noblement altérépar l’habitude des méditations et une longue pratique dela vie, son vaste front, son regard plein de pensées, lefier dessin de ses lèvres accoutumées à la prudence, toutle rendait semblable aux sages de l’ancienne Grèce . Il enavait la vertu, la pénétration et la bonté. Son austéritémême était d’une douceur infinie. Admirable de sérénité,comme tous les hommes dont la conscience est pure, lamort avait passé près de lui sans l’émouvoir, et l’énergie