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HISTOIRE 1)E DIX ANS.
pourtant. Et si la démocratie n'avait pas eu son premierculte, c’est qu’elle ne lui était apparue que dans la pous-sière soulevée par un demi-siècle de combats; c’est qu'ill’avait vue sanglante, en guenilles, toujours prête à pacti-ser avec la mort, ne sachant enfin ni se commander àelle-même, ni faire durer ses triomphes. Comment vintel spectacle n’aurait-il pas ému outre mesure le poète desrêveries, poète si calme et si doux qu'il fut presque unelyre ! Comment tant d'hymnes chantés à la destructionn’auraient-ils pas jeté quelque trouble dans cette âmeharmonieuse ? Mais sur les hommes supérieurs le mensongedes dehors n’exerce que passagèrement son influence.Sans peine ils aperçoivent la marche des grandes idées àtravers les manifestations, souvent pleines de désordre,qui, tout en les obscurcissant, les annoncent. Ce n’estpoint, d'ailleurs, pour les vertus qu'il possède qu’on peutaimer le peuple : on doit l’aimer vicieux et grossier, ondoit l’aimer pour les vertus qu'il n'a pas, et qu’il auraitcertainement si on ne lui eût ravi sa part d'éducation etmesuré d’une manière inique son droit au bonheur. M. deLamartine était chrétien par les entrailles : ce sentimentde justice envers le peuple n'avait donc rien de trop élevépour lui. Et puis, comme tous les esprits véritablementdoués de force et de grandeur, il était homme à com-prendre que ceux-là seuls méritent l’empire qui sont sou-levés et portés par l’acclamation publique; qu'il y a foliedans la consécration de tout privilège qui donne pourpasteurs aux peuples les élus du hasard, et que l'impiétéest grande de livrer le gouvernement des choses humainesà la sottise ou à la bassesse. Malheureusement, M. de La-martine avait une mobilité d’impressions qui mettait en