CHAPITRE V.
2:t7
déguisés en seetionnaires, quelques républicains emportéss’étonnent de l’inaction des chefs, dans un moment quisemble si propice. Qu'attendent-ils? Eli quoi ! pour attirerau parti la masse des ouvriers en soie, pour marcher avecelle en avant, on ne profite pas de la détresse de ces ou-vriers, de leur désespoir! Ces discours se répandent bien-tôt partout; des gens suspects les enveniment; on égarela crédulité de certains seetionnaires plus ardents qu'éclai-rés, et les membres du comité, accusés tout haut de tra-hison, sont placés sous la menace du poignard.
Mais ils avaient, pour résister au torrent, des motifsinvincibles. Devancer à Lyon le mouvement de Paris etcelui des provinces, c’était tout compromettre. Puis, lesarmes manquaient, le montant des cotisations mensuellesimposées aux seetionnaires ne suflisant pas môme à cou-vrir les frais des publications innombrables sorties, depuisplusieurs mois, des presses de la Société. Au moins aurait-il fallu pouvoir compter avec certitude sur l'appui insur-rectionnel des ouvriers en soie, qui formaient à Lyon lefond de la population ouvrière. Et cet appui, jusqu’alors,n’avait jamais été ni offert ni promis.
Nous avons dit qu’un assez grand nombre de mutuel-listes étaient entrés dans la Société des Droits de l'Homme ;mais ils n’v étaient entrés que comme individus. Car, quantà la société mutuelliste, prise dans son ensemble et danssa direction, il est certain qu'à l’époque dont il s'agit, elleétait dominée par un étroit esprit de corporation Avanttout, elle tenait à conserver sa physionomie industrielle,son originalité, et ce qui lui faisait, dans la classe ou-vrière, une situation à part. Nul doute qu'il n'y eût dansson sein des hommes élevés au-dessus des intérêts de