Band 
Tome quatrième.
Seite
249
JPEG-Download
 

CHAPITRE V.

2i»

Aymar était d'avis qu’on fit occuper la place Saint-Jeanpar les troupes, de manière à interdire à la foule les ap-proches du tribunal. Et que de sang épargné, peut-être,si cette sage opinion eût prévalu! .MaisM. Chégaray s'em-pressa de la combattre et l’emporta. Or, il est à remarquerque, dans le cours des événements, l’autorité militaire semontra constamment portée aux mesures les moins vio-lentes, et constamment dominée par l’autorité civile, dontMM. Gasparin et Chégaray personnifiaient l'implacablevouloir.

Quoi qu’il en soit, dans la nuit du 8 au 9, les derniersordres furent portés aux différents corps répandus dansla ville, et le jour se leva sur une cité devenue un camp.

Les troupes ont été disposées de manière à couper larévolte dès le commencement de faction, et, pour quetout déserteur puisse être fusillé sur place on leur a faitprendre leurs drapeaux. Le lieutenant-général est sur laplace de Bellecour, le général Fleury à la Croix-Rousse, legénéral Buchet à l’archevêché, le colonel Dietmann àFhôtel—de-ville. Chaque soldat a reçu trois paquets decar-touches. et les armes sont chargées. Le 7 e léger (c’est unecompagnie de ce régiment qui a figuré dans les fraternellesscènes du 5 avril), le 7 e léger est en grande tenue et sta-tionne du côté de la place Saint-Jean. La cathédrale, quiconfine à cette place, regorge de troupes, et des baïon-nettes brillent entre les gothiques moulures de fédificesacré. Ainsi gardée, la ville présente une horrible physio-nomie. L’agitation y règne, mais une agitation muette, in-définissable. Dans le même lieu se succèdent, d'un momentà l’autre, d’étranges mouvements de foule et la solitude.

Dès la pointe du jour, trois hommes s'étaient rencontrés;