Band 
Tome quatrième.
Seite
250
JPEG-Download
 

260

HISTOIRE UE MX. AXS.

sur Le quai Saint-Antoine. C’étaient MM. Baune, Albert etLimage. Le premier, quoique malade, allait visiter lesquartiers du centre. Le second se rendait au lieu où lecomité avait coutume de tenir ses séances. Le troisième sepréparait à obéir. Ils n'avaient eu qu'à regarder autourd’eux pour comprendre que le sort en était jeté. lisse sé-parèrent en se serrant la main avec une émotion convul-sive. « Nous ne nous reverrons sans doute plus , di-« rent-ils. » Avant la fin de la journée, l’un d’eux,M. Limage, était mort.

Il est dix heures et demie environ. Un moment couvertede monde, la place Sain-Jean est subitement devenuedéserte. Le peuple reflue dans les rues circonvoisines, etquelques enfants s’y essaient à former des barricades, sousl’œil de la foule, qui les regarde en silence. Dans l'inté-rieur du tribunal, en face des mutuellistes arrêtés, lesjuges sont sur leurs sièges, s'efforçant de composer leurattitude, luttant contre leur préoccupation, et ne prêtantqu'une oreille distraite à la plaidoirie de M. Jules Favre .Tout-à-coup, une détonation retentit. M. Jules Favre s’arrête. Avocats, juges, accusés, assistants, tous ont pâli,tous sont debout. Bientôt, dans la cour du tribunal onapporte un homme couvert de sang. « C’est, disent ceux« qui l'accompagnent, c’est un insurgé qu’un gendarme« vient de tuer faisant une barricade. » Et ils s’empressentautour du blessé. Mais quelle est leur surprise, lorsque,sous ses vêtements entr’ouverts, ils aperçoivent la ceinturede l’agent de police ! Ce malheureux se nommait Faivre,il ne tarda pas à rendre l'âme. Ainsi, c’était du sein destroupes qu’était parti le premier coup de feu, et c’était lapolice qui fournissait la première victime !