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HISTOIRE DE DIX ANS.
voir l’armée insultée en sa personne; il résiste, et, s’aper-cevant que sa résistance ne triomphera pas, il la fait portersur le choix du gouverneur.
MM. Thiers et Guizot avaient jeté les yeux sur M. De-cazes, qui leur était recommandé par son importancepolitique, par son expérience dans le maniement deshommes, par les services qu’il avait rendus, sous la Res-tauration, à l’Opposition des quinze ans, et aussi par sesembarras de fortune. Mais M. Decazes avait pour ennemidéclaré, dans la Chambre des pairs, M. de Sémonville , fa-milier du maréchal Soult, qu’il dominait. M. de Sémonville détourna de M. Decazes , pour le diriger sur le duc deBassano, le choix du ministre de la guerre. Qu’on juge dela surprise de MM. Thiers et Guizot lorsque le duc deBassano leur fut proposé ! Aucune antipathie personnellene les éloignait de ce personnage, mais sa capacité leurétait plus que suspecte. Le maréchal insistant pour le ducde Bassano, ils insistèrent plus que jamais pour M. De-cazes : et le Conseil resta ouvertement divisé.
Le roi, qui ne voyait pas jour à faire tourner au profilde son gouvernement personnel un débat où le maréchalSoult était d’un côté, MM. Guizot et Thiers de l’autre, leroi, pour amortir la querelle, imagina de faire un voyageau château d’Eu, sa retraite de prédilection. Les noms deMM. Decazes et de Bassano cessèrent en effet d’être pro-noncés ; mais, si le conflit n’existait plus, l’aigreur survi-vait. Impatient de se débarrasser du ministre de la guerre,M. Guizot pressa M. Thiers de s’unir à lui dans ce but, luireprésentant que le maréchal était, dans le Conseil, unecause permanente de division ; à la Chambre un embarras.Et M. Thiers d’hésiter. « Un maréchal de France est à