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HISTOIRE DE DIX ANS.
manque d'énergie, manque de courage; et quoiqu’iln’aimàt point à courir après l'impopularité, à la façon deM. Guizot , c’est-à-dire fastueusement et avec l’affectationdu dédain, il s'oublia, cette fois, jusqu'à savourer pluscomplaisamment que M. Guizot lui-mème les jouissancesde l’impopularité bravée. Le roi, d’ailleurs, repoussaitl’amnistie. Or, comme il était convenable que, dans unequestion aussi délicate, le roi s’effaçât le plus possible,M. Thiers se plaisait à « le couvrir. »
Le maréchal Gérard, de son côté, avait noblement liéson existence ministérielle à l’adoption de l’amnistie, etles encouragements ne lui manquaient pas. 11 s’était formédepuis peu, à la Chambre, au sein de la majorité, unepetite ligue de prétendants connue sous le nom de tiers-parti , et qu’on aurait mieux fait de nommer parti de l’in-trigue. Ennemi de la gauche par ses idées, et des ministrespar son ambition, le tiers-parti s’usait à faire sournoise-ment la guerre aux portefeuilles. Il poussa le maréchalGérard à tenir bon, convaincu que diviser le Cabinetc’était le dissoudre.
L’allure des journaux fut en général plus franche; etle maréchal Gérard, soutenu par la presse, compta aunombre de ses partisans les plus résolus le Constitution-nel , feuille qui exprimait les sentiments d’une portion no-table de la bourgeoisie. Directeur du Constitutionnel ,M. de Saint-Albin y publia, sur la mesure en discussion,une lettre vive, chaleureuse, qu'il signa, et qui tranchaitavec le ton ordinaire de la polémique. 11 cita ces belles pa-roles d’un empereur romain : « Je ne voudrais pas qu’on« me crût tant d’ennemis. » 11 rappela en quels termes leVieux cordelier avait protesté contre le Væ victis révolu-