CHAPITRE Vil.
311
tionnaire ; et il évoquait, pour la bénir, la mémoire deCamille Desmoulins , s’écriant, à deux pas de l'échafaud,et au risque d'v monter pour avoir voulu l'abattre : « 1ns-« tituons un Comité de Clémence. »
Cependant, le maréchal Gérard se lassait et s'indignaitd’une résistance à laquelle il ne s’était pas attendu. About de patience, il fit rédiger sous ses yeux, par M. I.in-guet, une note ayant pour but d’amener le Conseil à seprononcer. Les avantages de l’amnistie étaient développésdans cette note avec un sens profond, et le maréchal Gé-rard y ouvrait son âme tout entière. Il n'hésitait pas à ydéclarer qu’il échangerait volontiers contre l'honneur d'a-voir consolé tant de pauvres mères, une partie du renomguerrier qu’il avait acquis sur les champs de bataille auprix de son sang. La note se terminait par le récit d’uneanecdote caractéristique et touchante. Après la victoire deMarengo, Bonaparte demanda à ses officiers à quellescauses ils attribuaient ses succès ; les uns parlèrent de sonhabileté dans la direction des affaires du dedans, les au-tres de ses batailles gagnées ; mais lui : « Tout m'a réussi,« répliqua-t-il, parce que je suis pour tout le monde une« vivante amnistie. »
La leçon était frappante et les circonstances la rendaientsolennelle. Car enfin l'amnistie n'était-elle pas impérieu-sement commandée, même par cette politique qui se faitgloire d'être sans entrailles? Y avait-il prudence à remuerles cendres de la guerre civile, à faire discuter devant lepeuple attentif la révolte du pauvre contre le riche, à in-diquer de quelle sorte on ébranle la fidélité militaire, àsouffler sur tant de haines mal éteintes? Et auelle foliede conduire la foule dans cette rue Transnonain, toute