HISTOIRE DE DIX ANS.
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Alors on vit ces hommes sur qui pesait la menace d’unarrêt terrible s’élever soudain au-dessus du péril et deleurs passions, pour se livrer à l’étude des plus aridesproblèmes. Le comité de défense parisien avait commencépar distribuer entre les membres les plus capables du partiles principales branches de la science de gouverner, assi-gnant à l’un la partie philosophique et religieuse, à l’au-tre la partie administrative, à celui-ci l’économie politi-que, à celui-là les arts. Ce fut, pour tous, le sujet des pluscourageuses méditations, des recherches les plus passion-nées. Mais tous, dans cette course intellectuelle, n’étaientpas appelés à fournir la même carrière. Des dissidencesthéoriques se manifestèrent entre MM. Godefroi Cavai-gnac, Guinard, Armand Marrast , d’une part; et, de l’au-tre, MM. Landolphe, Lebon, Yignerte. Des discussionsbridantes s’élevèrent. Par le corps, les captifs apparte-naient au geôlier; mais d’un vol indomptable et libre,leur esprit parcourait le domaine, sans limites, de la pen-sée. Du fond de leurs cachots, ils s’inquiétaient de l’ave-nir des peuples, ils s’entretenaient avec Dieu ; et, placéssur la route de l’échafaud, ils s’exaltaient, ils s’enivraientd’espérance, comme s’ils eussent marché à la conquête dumonde. Spectacle touchant et singulier, dont il convientde garder le souvenir à jamais !
Que des préoccupations sans grandeur se soient mêléesà ce mouvement; que l'émulation ait quelquefois fait placeà des rivalités frivoles ou haineuses ; que des esprits, tropfaibles, pour s’élever impunément, se soient perdus dansle pays des rêves, on ne le peut nier; mais ces résultats,trop inévitables, des infirmités de la nature humaine,ne suffisent pas pour enlever au fait général que nous