Band 
Tome cinquième.
Seite
219
JPEG-Download
 

CHAPITRE VIII.

2IÎI

rité menaçante. Alors M. Molé s'effraya davoir de tels al-liés 5 ne les voulant point pour maîtres, il les accepta pourennemis, et, se décidant tout-à-coup, il dériva vers leCentre Gauche.

La situation se trouvait donc parfaitement dessinée depart et dautre et le champ de bataille préparé, quand ladiscussion sur les fonds secrets sengagea. Cétait dans lespremiers jours de mai. Le ministère navait pas un moisdexistence, et les doctrinaires ne doutaient pas quil neleur fût aisé davoir raison dun Pouvoir qui osait mécon-naître limportance de leur appui. Aussi le Cabinet eut-il àessuyer tout dabord, après les attaques de MM. Uavin,Salverte et Lacrosse , orateurs de la Gauche, l'implacableet hardi persilïlage de M. Jaubert. M. de Sade vint en-suite, et enfin M. Guizot .

Quelque envenimées que fussent chez cet homme dé-daigneux les blessures de lorgueil otfensé, sa démarcheétait plus affaissée que de coutume ; la tristesse de l'acca-blement tempérait le sombre éclat de ses yeux; il portaitsa tête avec une fierté contenue, et l'altération de sonvisage nétait pas celle qui trahit le secret des tumultueusespensées. Il venait de perdre son fils. Mais les grandesdouleurs exaltent une âme qui nest point vulgaire, et,loin de labattre, la fortifient Elevé un instant par la ma-jesté deson deuil de pèreau-dessus de la tactique adoptée etdes ruses misérables de lambition, M. Guizot trouva quel-ques accents dune véritable éloquence. Il émut puissam-ment l'assemblée, lorsque dune voix presque étcinteildit :« J'ai pris etquitté le Pouvoir déjà plusieurs fois en ma vie,« et je suis, pour mon compte, pour mon compte per-« sonnel, profondément indifférent à ces vicissitudes de