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HISTOIRE DE DIX ANS.
morts, mourants et ruines. De dessous les débris fumantssortaient de farouches imprécations ou des cris étouffés.La population, pâle d’épouvante, avait reflué tumultueu-sement du côté opposé à nos attaques : elle arrive et s’en-tasse, derrière la Casbah, sur une pente rapide aboutissantà une muraille de rochers verticaux. Là, cette multitudegémissante grossit outre-mesure, se presse, se pousse,roule pêle-mêle au fond de l’abîme. Femmes, enfants,vieillards y périssent dans une affreuse confusion. Lesplus hardis se suspendent à des cordes qui, en se rom-pant, les laissent tomber sur un monceau de cadavres.L’odeur du sang monte dans l’air. La ville est prise.
Ce n’était pas sans de cruels sacrifices. Le chef de ba-taillon Sérignv et le capitaine du génie Haket avaient périsur la brèche. Parmi les blessés on comptait le colonelLamoricière, les chefs de bataillon Vieux et Dumas, l’of-ficier du génie Leblanc, le capitaine Richepanse. Le colonelCombes avait été blessé lui aussi et mortellement. Arrivésur la brèche, il y commandait une attaque décisive, lors-qu’il reçut deux balles dont l’une lui traversa la poitrine.Alors se passa une scène digne des temps héroïques. In-vincible à la douleur, le colonel Combes s’avança vers leduc de Nemours pour lui rendre compte de la situation.Son pas était assuré, son visage calme : à le voir, nul nese fût douté qu’il marchait portant la mort dans sa poi-trine. 11 s'exprima noblement, avec simplicité, sans parlerde lui autrement que par cette allusion mélancolique etsublime : « Ceux qui ne sont pas blessés mortellement« jouiront de ce succès. » On l’emporta près de rendrel'àme. Ses dernières paroles furent adressées au généralBoyer, son ami : « Recevez mes adieux, lui dit-il. Je ne