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1 (1841) Campagnes de 1788, 1789, 1790, 1791, 1792 et 1793 / par Jomini
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INTRODUCTION.

S'il faut juger les opérations auxquelles toutesles nations ont pris part, daprès les avantages réelset légitimes quelles pouvaient se promettre dentirer ; si cet intérêt particulier de chacune dellesdoit être le type sur lequel on doit apprécier lesentreprises de ses chefs, de ses ministres et de sesnégociateurs, il existe néanmoins un petit nombrede problèmes généraux dont la solution appartientà toute lEurope, qui sont rattachés aux intérêtsde tous les gouvernements , et quon ne peut envi-sager que sous un seul point de vue juste. Tels sont,par exemple, les principes sur les droits des neu-tres , sur un équilibre maritime et sur la balancepolitique du continent. Chaque homme raisonna-ble dira volontiers avec les Anglais : Point de mo-narchie universelle ,* mais il faut s eericr aussiavec tous les Européens : P oint d'empire absolu surles mers, point de blocus continental! Si ce vœudes peuples ne pouvait pas être réalisé; si, pourmettre des bornes à labus du pouvoir maritime, ilfaut des flottes, des amiraux , des matelots , ce cri,impuissant dans les circonstances actuelles, nendoit pas moins être le cri de ralliement de la poli-tique européenne. Il a été une époque aussi labalance du continent semblait un songe, ce sys-tème était traité de chimère, et les éloquentesdissertations dÂncillon étaient mises à côté des rêvesde labbé de Saint-Pierre sur la paix perpétuelle.Si les éléments de la souveraineté des mers sontdifférents des éléments de la puissance de Napoléon sur terre, ils ne sont pas plus que celle-ci à labride linfluence du temps : les peuples mêmes, quisemblent aujourdhui former la pierre fondamentalede cette souveraineté, lui porteront peut-être lespremiers coups. En attendant, tout système, toutemesure,toute alliance, qui pourrait accélérer cetterévolution, doit être le but constant des cabinets,comme la base des jugements de lhistoire.

Il est temps de passer au tableau que nous avonsannoncé, et que nous diviserons en deux sectionspour le rendre moins confus.

1° Des puissances méridionales et maritimes.

Depuis la fin du dix-septième siècle la politiquedes nations devait reposer sur deux bases, ou,

pour mieux mexprimer, elle noffrait que deuxalternatives au choix des cabinets.

La première, était de diriger toutes les vues despuissances du continent vers le maintien dun équi-libre politique; je ne crois pas devoir développerici ce système, qui est assez connu, et dont Ancil-lonnous a tracé les combinaisons avec un talent sisupérieur, quil serait téméraire de vouloir traitercette question après lui.

La seconde alternative, était de considérer lin-fluence dune puissance sur le continent, commeutile, aussi longtemps quelle se renfermerait dansde justes bornes, et quelle aurait pour but derallier tous les intérêts européens pour létablisse-ment dun équilibre maritime, colonial et commer-cial ; afin que les sources de richesse, de prospérité,dindustrie, fussent également partagées entre lesnations, et ne pussent jamais devenir le patrimoineexclusif dun seul peuple.

Cette vérité, qui na été que trop méconnue pat*tous les cabinets, ou dont ils ont du moins négligé'application, démontre, suivant moi, un axiomepolitique non moins important : C'est que , pourl'intérêt et l'honneur du monde, pour la réparti-tion égale des avantages commerciaux et te libreparcours des mers, il faudrait que la plus grandeforce maritime appartint à une puissance situéesur le continent, afin que, si elle voulait en abu-ser, on pût la forcer, par une ligue générale surterre, à revenir à un système de modération, dejustice et de véritable équilibre. Aussi longtempsque la suprématie maritime appartiendra à unepuissance insulaire, on ne pourra en attendrequ'un monopole et un despotisme outrageants.Cette idée ne sera pas neuve pour bien des hom-mes dEtat, mais je ne crois pas néanmoins quelleait été consignée dans aucun ouvrage publié jus-quà ce jour ; elle a bien moins encore servi depoint de vue directeur à la politique des cabinets,qui, à lexception de celui de Londres , eussent étécependant tous intéressés plus ou moins à la faireprévaloir.

Le célèbre Guillaume dOrange paraît être leseul qui ait saisi cette double combinaison politi-que , car il attacha tous ses soins à diriger latten-tion des puissances européennes sur léquilibrecontinental. qui nétait quen seconde ligne dans