LIVRE I, CIIAP. I.
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^ es grands intérêts du monde, et qui eût été tou-jours plu S f ac ;i e à établir qu’un équilibre maritime,81 f un ou l’autre venait à être rompu. Ce princehabile arma toutes les passions contre la France,s il faut cquy enir que Louis XIV lui en fournitplus d’une fois les occasions et les moyens, il fauta 'oucr aussi que les vues étroites de plusieurs gou-' crnements le secondèrent bien mieux qu’il n’auraitpu l’espérer.
Depuis le célèbre acte de navigation rendu parCromwell , en 1651, la marine anglaise avait com-Uiencé à prendre une supériorité qui ne tarda pasa devenir effrayante. Une nation de douze millionsdhabitants, insulaire, et dont tout individu étaitPar conséquent marin né ; que son isolement dureste de l’Europe mettait à l’abri de toute querellede la part de ses voisins; qui pouvait, par là, di-n ger toutes ses vues vers l’accroissement de sesforces maritimes ; à qui cet accroissement permet-tait à son tour d’entreprendre les expéditions loin-ta, «es les plus difficiles , ne devait pas manqner,P ar une telle accumulation de moyens, d’obtenir^ ou tard, une suprématie décidée, si on ne 1 ar-r otait pas à temps.
Cette nation était donc menaçante pour le com-oterce et la prospérité de toutes les puissanceseuropéennes, car elle offrait une masse de moyensma ritimes, supérieure à tous ceux des autres prises
isolément.
Les suites infaillibles que devaient entraîner lesfatales journées de la Hogue et de Vigo , auraientdû éveiller l’attention de tous les gouvernements( l Ue leurs passions avaient engagés dans une ligue,dont l’ambition de Louis XIV ne fut que le pré-dite, et qui devint le premier degré du trône ma-ritime de l’Angleterre (1).
L’Autriche était à cette époque la puissance mé-diterranée qui marquait, le plus dans les affaires
_ (0 On trouvera dans le cours de ce chapitre une oppo->1,J °n souvent réitérée à la domination des Anglais . Je ne
SIl,s S u *dé dans ces réflexions par aucun sentiment natio-fiai r
°u personnel ; un Suisse doit estimer la nation anglaise
Peut trouver tout simple qu’elle ait cherché à dominer,r * cs mers ; mais un Européen doit trouver aussi qu’ilau ‘ait pl ns Je bien-être et d'indépendance réelle sur leOhnent, si l’équilibre maritime existait.
Un* ol d ectera P cut 'étre que la France , réunissantgrande force maritime à sa puissance continentale,
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de l’Europe ; on peut encore concevoir quelle alliâtscs intérêts à ceux de l’Angleterre pour abaisser laFrance et pour augmenter l’influence de la maisonimpériale en Italie et en Allemagne . Cependant ilserait possible de démontrer qu’une politique dif-férente n’aurait pas été si éloignée qu’on le croitdes vrais intérêts de l’Autriche . Si le cabinet deVienne avait protégé les efforts de la France , etaidé l’établissement de sa prépondérance maritimesur les Anglais , il aurait ainsi acquis sa part à laliberté du commerce, à l’augmentation des richesseset de la prospérité des peuples du continent; mais,ce qui était bien plus important encore, il auraitdirigé la moitié de la population de la France , dansles colonies lointaines, ce qui eût diminué son ac-tivité dans les guerres continentales (2). Enfin, sile ministère autrichien avait songé que scs batail-lons fussent intervenus dans toutes les affaires co-loniales des trois parties du monde, dès l’instant oùla prépondérance maritime eût été assurée à unepuissance continentale, il cstprobable qu’on auraitpu le décider à vivre en bonne intelligence avec laFrance , aussi longtemps que celle-ci se fût bornéeà di ’iger ses effort vers la supériorité maritime ,sans vouloir asservir le continent.
Mais en admettant même, comme on l’a déjàfait observer, que l’Autriche pût avoir un intérêtplus direct à seconder la cause des Anglais , jamaisla Prusse, la Hollande, l’Espagne , l’Italie , le Dane mark et la Suède , n’auraient dû se départir dusystème d’alliance avec la France ; et la Russie même, depuis qu’elle a pris une part si active dansles affaires de l’Europe , en donnant des rois et deslois à laPolognc, devait se convaincre de cette vé-rité : Qu'il fallait aider la France à réduire V An-gleterre à un rôle secondaire ; qu alors seulementl'équilibre maritime, la répartition égale du com-merce et des colonies existerait (3), parce que la
aurait été dangereuse pour l’Europe . Je crois que l’exem-ple de l’Espagne suffira pour prouver que de vastes pos-scssionslointaines et une grande marine énervent les forcessur le continent La France n’a jamais été plus redoutablepour ses voisins que quand elle a cessé de l’être sur mer etdans l’Inde .
( 3 ) Il parait nue Catherine et son ministre Panin furentguidés par des vues semblables, lorsqu'ils firent l’acte deneutralitéarmée de 1780, et le traité de commerce de 1787.Les fureurs révolutionnaires vinrent détruire tous les ré-
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