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1 (1841) Campagnes de 1788, 1789, 1790, 1791, 1792 et 1793 / par Jomini
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INTRODUCTION.

sait pas une révolution moins grande dans les rela-tions continentales. Une puissance presque incon-nue jusqualors avait commencé avec le 18 e siècleà déployer ses forces ; les folies de Charles XII etle génie de Pierre le Grand en précipitèrent ledéveloppement.

À la fin du règne de ce grand homme, le cabinetde Pétersbourg intervenait déjà dans les affaires duDanemark et de lAllemagne : on sait quil avaitréglé celles de Pologne , en maintenant Auguste II de Saxe sur le trône ; il luttait avec succès contrela Perse et la Porte.

Limpulsion extraordinaire donnée à ce nouvelempire ne se ralentit pas sous les successeurs deson illustre fondateur, et de grands avantages sof-fraient effectivement à eux pour favoriser leur sys-tème. Placés à une extrémité de lEurope , et peuconnus encore, leurs éléments de puissance nenétaient que plus grands ; sans voisins dangereux,ils navaient rien à craindre et tout à espérer ; sansmarine, sans commerce, ils navaient encore aucundémêlé à redouter avec lAngleterre, et pouvaientau contraire beaucoup attendre de lalliance decette nation. Les querelles que le cabinet de Saint-James entretenait sans cesse entre la France , lAl­ lemagne et la Hollande, assuraient au gouvernementrusse toutes les facilités dintervenir dans ces dif-férends comme auxiliaire dun des partis, et denprofiter pour sagrandir insensiblement aux dé-pens de la Pologne et de la Porte.

Les cabinets, influencés par celui de Saint-James,avaient sans cesse le mot de balance politique dansla bouche ; mais ils donnaient à ce système lac-ception la plus étroite en lappliquant seulement àquelques bailliages du Palatinat ou de la Flandre ,tandis quon songeait à peine à lAmérique , à lInde ,et à des intérêts non moins puissants.

Dans le même temps la France était livréesuccessivement à la faible administration du ducde Bourbon et du cardinal Fleury, Catherine I ,Pierre II , avaient succédé au vainqueur de Pultawa :

à répéter , dans les deux parties, des événements contem-porains qui avaient intlné sur les deux extrémités de lEu­ rope en même temps.

(i) On s'étonnera peut-être quayant improuvé si forte-ment lalliance avec lAutriche , en 1756, je loffre danscette occasion comme une opération avantageuse. Ma ré-

rien de bien remarquable 11 e se passa au dehorsjusquà lavénement dAnne en 1730.

La mort dAuguste II , dont lélection au trônede Pologne avait été un des sujets de querelle deCharles XII et de Pierre, vint bientôt offrir unvaste champ aux opérations politiques des diverscabinets, et cette époque est une des plus impor-tantes dans lhistoire. Son compétiteur StanislasLeczinsky avait succombé avec Charles XII , et sé-tait retiré en France , nous avons vu quil avaitmarié sa fille à Louis XV . La noblesse polonaise rappela Stanislas, mais la czarine était trop fidèleaux principes tracés par Pierre le Grand pour soûlfrir cette élection, elle soutint les prétentions de lamaison de Saxe et dAuguste III .

Il ne se présentait quun moyen de sauver laPologne , cétait lalliance de la France et de lAu­ triche (1) ; mais la politique de Charles VI étaitexclusivement dirigée sur la pragmatique sanction,et Auguste III lavait reconnue, tandis que le car-dinal Fleury contrariait ce projet de succession,par tous les moyens possibles.

Le cabinet de Vienne concourut donc à létablis-sement de linfluence russe en Pologne , sans au-tres motifs que l'adhésion de la maison de Saxe àla pragmatique; ainsi, pour le refus dune vaineformalit, le cardinal perdit peut-être loccasion deremettre le beau-père de Louis XV sur le trône.

Stanislas débarqua, et se vit accueilli par la ma-jeure partie de la noblesse ; mais, combattu parles Saxons et les Russes , il dut se réfugier à Dant-zig, le célèbre Munich vint lattaquer, et le forçade senfuir en Prusse. On sait lexpédition que1,S00 Français , commandés par un ambassadeur(le comte de Plelo), firent pour secourir Dantzig >en débarquant à Weichselmunde , et comment fl sfurent réduits à mettre bas les armes.

Après avoir ainsi donné deux rois à la Pologne ,le cabinet de Pétersbourg pouvait aisément prévoirquil lui en donnerait un troisième, et quil finiraitpar régner dans le pays, si des circonstances es'

ponse à cette objection sera facile. Il y a une grande dif-férence entre une alliance de conservation réciproque etun traité comme celui de 1756, la France sacrifiait se*intérêts les plus chers pour élever lAutriche aux dépen 5dun allié naturel, et elle fournissait cent mille honunr 5pour garder la Be'giquc aux Autrichiens.