DU LIVRE V.
SOS
,leu - Elles ont longtemps résisté aux sollicitationsde la ligue; mais elles ont cédé à l’intrigue, ouplutôt aux ordres du ministre anglais , qui lesMenaçait des flottes de l’Angleterre. Le territoirede Gènes a été le théâtre d’un crime, dont l’iiistoire d’Angleterre peut seule offrir un exemple,^es vaisseaux de cette nation, joints à des vais-s eaux français livrés par les comités de Toulon ,6 °nl entrés dans le port de Gènes . Aussitôt, lesbarbares qui les montaient, Anglais et Français ’ehelles, se sont emparés des bâtiments delà répu-blique, qui étaient dans ce port, sous la sauve-flarde du droit des gens; et tous les Français qui8 y trouvaient ont été égorgés. Qu'il est lâche cede Gênes , cjui n'est pas mort tout entier, pourPrévenir ou pour venger cet outrage; qui a putrahir à la fois, l’honneur, le peuple génois, et1 humanité entière !
Venise , plus puissante et en même temps plusPolitique, a conservé une neutralité utile à sesintérêts. Florence , celui de tous les États d’Italie ,à qui le triomphe de nos ennemis serait le plusfatal, a été enfin subjuguée par eux, et entraînée,Malgré elle, à sa ruine. Ainsi, le despotisme pèsejusque sur ses complices; et les tyrans armésc ontre la république, sont les ennemis de leursPropres alliés. En général, les puissances italiennes8 °nt peut-être plus dignes de la pitié que de laoolère de la France : l’Angleterre les a recrutéesoomme ses matelots ; elle a exercé la presse contre* es peuples d’Italie . Le plus coupable des princescette contrée, est le roi de Naples, qui s’estMontré digne du sang des Bourbons, en embras-ant leur cause. Nous pouvons vous lire, à cesu jet, une lettre écrite de la main de ce prince àsonc °usin le Catholique , qui servira du moins à vousProuver que la terreur n’est point étrangère auC( ®Ur des rois ligués contre nous. L Angleterre aaussi fait menacer le Danemark par ses escadres,pour le forcer à accéder à sa ligue : mais leDanemark , régi par un ministre habile, a îo-Poussè avec dignité ces insolentes sommations.
. Après une déclamation virulente contre la Russie c * son cabinet dans laquelle les injures les plus°bscenes sont prodiguées à tous les souverains qu ilnoi ûme des escrocs et des fripons couronnés,
comme s’il avait pris à tâche de les exciter à unelutte à outrance contre sa patrie, Robespierre mé-connaissant tous les intérêts diplomatiques de sonsiècle, affirme que Pitt lui-même est joué par Ca-therine, puis il ajoute :
Vous avez sous les yeux le bilan de l’Europe etle vôtre, et vous pouvez déjà en tirer un grand ré-sultat : c’est que l’univers est intéressé à notreconservation. Supposons la Fiance anéantie ondémembrée ; le monde politique s’écroule. Otez cetallié puissant et nécessaire, qui garantissait lesmédiocres États contre les grands despotes, l’Eu rope entière est asservie. Les petits princes germa-niques, les villes réputées libres de l’Allemagne ,sont englouties par les maisons ambitieuses del’Autriche et du Brandebourg : la Suède et le Da nemark deviennent tôt ou tard la proie de leurspuissants voisins : le Turc est repoussé au delà duBosphore, et rayé de la liste des puissances euro-péennes : Venise perd scs richesses, son commerceet sa considération ; la Toscane , son existence :Gênes est effacée : l’Italie n’est plus que le jouetdes despotes qui l’entourent : la Suisse est réduiteà la misère, et ne recouvre plus l’énergie que sonantique pauvreté lui avait donnée : les descendantsavilis de Guillaume Tell succomberaient sous lesefforts des tyrans humiliés et vaincus par leursaïeux. Comment oseraient-ils invoquer seulementles vertus de leurs pères et le nom sacré de la li-berté , si la république française avait été détruitesous leurs yeux ? Que serait-ce, s’ils avaient contri-bué à sa ruine ! Et vous, braves Américains , dontla liberté, cimentée par notre sang, fut encoregarantie par notre alliance; quelle serait votre des-tinée , si nous n’existions plus? vous retomberiezsous le joug honteux de votre ennemi : la mémoirede nos communs exploits serait flétrie : les titresde la liberté, la déclaration des droits de l’huma-nité , seraient anéantis dans les deux mondes.
Que dis-je ! Que deviendrait l’Angleterre elle-même? L’éclat éblouissant d’un triomphe crimi-nel couvrirait-il longtemps sa détresse réelle et sesplaies invétérées? 11 est un terme aux prestiges quisoutiennent l’existence précaire d’une puissanceartificielle. Quoi qu’on puisse dire, les véritablespuissances sont celles qui possèdent la terre : qu’unjour elles veuillent franchir l’intervalle qui les sé-