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SUR L'INFANTERIE LEGERE,les plus vaillants soldats du monde, puisqu’il faut tantde peine pour arracher un jeune homme de ses foyerset l’amener sous des drapeaux couronnés de tant delauriers ? ou bien n’aurait-on pas su , pour leur ins-pirer le goût de l’état militaire, attaquer les fibresde cette imagination exaltée et romanesque, qui,dans cet âge où la nature semble inspirer à la jeu-nesse de l’éloignement pour les maîtres de son en-fance , la porte naturellement au goût des voyages etdes aventures ? Enfin , cette carrière n’offrirait-elleplus assez d’espérance? Quoi! Français , cet état mi-litaire qui, depuis la révolution , a porté tant de sim-ples soldats à la gloire, à la fortune , à l’immortalité,aux premiers grades militaires, aux honneurs , enfinà toutes les dignités de la terre , n’offrirait pas assezd’encouragement à la jeunesse ! Mais, sans la révolu-tion, sans une guerre de douze ans, sans cette énormeconsommation d’hommes, la plupart de ces hommesque l’on voit briller aux premiers rangs seraient-ilssortis de leur obscurité ?
Lorsqu’un décret de l’Assemblée nationale levadans un mois 100 bataillons complets, armés, équi-pés et habillés, croit-on que l’amour de la patrie,qu'une ardeur guerrrière furent les seuls stimulantsde cette belle jeunesse qui les composa? N'est-il pasvrai que si l’amour-propre n’eût pas été caressé parl’ambition de parvenir aux grades qui étaient offerts ;que si elle n’eût pas été réveillée par de plus grandesespérances encore, on n’aurait pas trouvé tant dejeunes gens qui faisaient à la fois le sacrifice de leur