DE T A C T I Q^U E. Partie II. 7
de nos marches, de notre ignorance, de notre mal-adresse à prendre unordre de bataille. C’est à ce sujet qu’il dit: Tout le secret de I exercice ,tout celui de la guerre est dans les jambes. J’ai déja cité ailleurs cette ex-pression obscure en apparence, mais qui me semble renfermer un sensbien profond 8c bien juste.
Ce vice, que le maréchal de Saxe sentoit être dans la constitution de, nos troupes, dans la théorie de nos marches 8c de nos ordres de bataille ,M. le maréchal de Broglie le sentit de-môme, quand il parvint au com-mandement de l’armée. II y établit en conséquence un ordre nouveau,il la partagea en plusieurs divisions. De cette organisation dont la plu-part des gens n’apperçurent pas l’objet, on vit résulter plus de céléritédans les marches, moins de fatigues pour les troupes, plus de disciplinedans les camps 3 mais le maréchal n’eut pas le temps d’achever son ou-vrage 3 ce n’est pas d’ailleurs en deux campagnes 8c au milieu du tumultedes opérations de la guerre, qu’on peut changer la tactique d’une arméeSc former des officiers généraux, ce n’est pas fur-tout en France, qu’unepareille révolution peut se faire , ou il n’y a qu’un roi général quipût l'y tenter.
La Prusse en avoit un de cette espece, 6c c’est-là ce qui la fit lutteravec avantage contre la ligue qui la menaçoit. Les vérités qu’on en-trevoyoit ailleurs, fans faire de pas décisifs vers elles, le roi de Prusseles avoit vues à son arrivée au trône , ôc il avoit en conséquence profitéde la paix, pour instruire ses troupes 3 elles étoient les mieux ordon-nées 6c les plus manœuvrieres de l’Europe 3 elles avoient une tactiqueparticulière de marches 6c de déploiemens. Dans son armée seule, étoientdes officiers généraux qui sussent conduire une colonne, manier des trou-pes , 6c concourir à l’exécution d’un ordre de bataille 3 on en a vu lerésultat. Par son armée seule, ont été faits de grands 6c hardis mouve-ment On l’a vu, à la tête de cette armée, voler de l’Elbe en Silésie, dcla Silésie vers les Russes. On l’a vû, à la tête de cette armée surprise6c battue, s’arrêter à deux lieues du champ de bataille, 6c présenterun nouveau combat. On l’a vu, à Torgau, perdre la bataille, s’apper-cevoir, en se retirant, d’un faux mouvement fait parles Autrichiens,d’une hauteur mal-à-propos dégarnie, y faire remarcher des troupes ,s’en emparer, reporter toute son armée à l’appui 6c forcer les Autri-chiens a se retirer derriere l’Elbe. Enfin, par-tout où il a fallu ma-nœuvrer, par-tout où le succès a dépendu de l’intelligence 6c de la rapi-dité des marches, le succès a été pour lui. Sans doute il n’auroit pastant osé, il ne l’auroit pu, s’il avoit eu des troupes moins manœuvrieres,des officiers généraux moins en état de le seconder 3 car quelle actiontirer d’une machine dont les ressorts ne seroient susceptibles, ni de jeuni de combinaison ?
J’ose avancer cependant que le roi de Prusse n’a pas épuisé toutes lescombinaisons de l’art, ôc que fur la grande tactique, fur la partie desmarches principalement, il reste beaucoup de progrès à faire. Cette as-