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Tome second.
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128 ESSAI GENERAL, &c.

Un autre géomètre pourra élever un système contre Newton. II necourra que le danger de la honte, s il le fait fans génie. Mais, dansla profession militaire , à peine convient-on que l'étude puisse vieillirl’dprit, que le génie puisse devancer les années. Pour avoir le droit deparler de la science des généraux, il faut avoir commandé des armées ;la subordination d’âge Sc de grade est étendue jusques fur les pensées.Hors du service , Sc dans les discussions littéraires , si je peux donnerce nom aux controverses militaires que l’on fait imprimer, cette servi-tude peut nuire aux progrès de Part ; mais elle est nécessaire, Sc encherchant peut-être moi-même à m’en affranchir , je ne voudrois pasavancer qu’on en dût relâcher les liens , dans un siecle Sc dans unenation , où des portions de connoissances, répandues dans presque tou-tes les têtes, donnent à presque toutes la prétention d’opiner Sc l’ap-parence des talens.

Dans le cours de cet essai, attentif à éviter les personnalités, je mefuis quelquefois élevé avec force contre des abus régnans. On m’avoitconseillé d'adoucir ces passages. Je l'ai essayé ; mais, sons doute , le fondde mes pensées tenoit a mes expressions : car les mots, que je fubsti-tuois , ne rendoient plus ce que je voulois dire. Ce scroit un talentbien nécessaire , mais je le crois le fruit des années, que de parler froi-dement des vérités qu’on sent avec chaleur.

C’est une encyclopédie , elle feule , que la science militaire. C’est laplus intéressante des sciences, soit qu on la considéré relativement à lavariété de ses détails , ou à l’importance de son objet, ou à la gloire8c aux grands intérêts qui y tiennent. Puisse cette vérité, sentie parles hommes qui font destinés à commander les armées , leur faire ap-percevoir l'immensité de leurs obligations ! Car ce n’est encore rien ,que l’acquisition des connoissances qui composent la science militaire :il faut, pour être un général du premier ordre, savoir employer cesconnoissances : il faut avoir le génie que rien ne peut faire acquérir, lecoup-d’œil que l’habitude perfectionne & ne peut donner : il faut réunirun assemblage plus qu’humain , de qualités physiques Lc morales. Aussidoit-on rester confondu d’étonnement 8c de respect, à la vue du petitnombre des généraux , que la postérité honore du nom de grands. IIsemble que la nature ne les introduise çà 8c là, au milieu des siécles,que pour servir d’époques à la grandeur de l’esprit humain.

Les gens de lettre n’ont pas , en général , cette haute idee de lascience de la guerre. Ils la croient vague Lc dénuée de principes posi-tifs. Ce malheureux préjugé est répandu meme chez beaucoup de mi-litaires. Faute de n’avoïr pas assez étudié leur art , ils ne font pointassez de cas de leur profession. Je retirerai de mon travail un grand prix,si j'ouvre les yeux à quelques-uns d’eux. II est si encourageant, quandon cultive une science , de la voir acquérir de l’estimc 8c de l’impor-tance dans l’opinion des hommes.

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