Eloge
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dans l’immensc intervalle qui les sépare, Scl’imagination exaltée ne voit plus qu’eux de-bout fur des ruines, & se donnant la main àtravers le désert des siècles. Frédéric est dansses camps, comme César étoit dans les siens',il agit, il parle, il médite, il écrit, il com-pose pour ses généraux un ouvrage où legénie Sc Inexpérience se tiennent, & où illeur donne jusqu’à la noble leçon de ses fau-tes; enfin, embrassant d’un même coup-d’oeil les soldats Sc les cliefs, les régimens Scl’armée, les détails Sc l’ensemble, il ne laissepas une de ses facultés oisive, & répand a lafois tous les genres de lumière.
Le moment étoit venu où il alloit re-cueillir le fruit de fa prévoyance, Sc remon-ter fur le théâtre de fa gloire. Des disputesde limites s’élèvent dans les forêts du Ca-nada, entre la France Sc l’Angleterre, &cette étincelle, qu’il eût été aisé de prévenirou d'éteindre, fomentée par l’ambition &par la politique, produit bientôt un grandincendie. Les deux nations cherchent depart Sc d’autre des alliés ; Sc par un renver-sement de système qui étonne toute l’Europe,on voit l’Impératrice s’unir à la France quiavoit voulu la détrôner, & Frédéric préférerl’Angleterre à la France qu’on regardoit