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ses frères. C’est dans cette lettre ou’il ditavec une tournure si piquante: „i a fortune„m’a tourné le dos ce jour-là; elle est fem-„me, 8c je ne fuis pas galant.” C’est danscette lettre qu’il s’attribue, d’une manièresi grande 8c si simple, la perte de la bataille,en disant: «Dans le vrai, je devois prendre„ avec moi plus d’infanterie. Les succès,„ mon cher Lord, donnent une confiance,, nuisible. Vingt- trois bataillons ne suffi-,, soient pas pour déloger soixante mille hom-„ mes d'un poste avantageux. “ On me par-donnera ces fréquentes citations. Qu’ose-rois-je mettre à la place de ces traits pré-cieux, 8c quel maladroit pinceau que celuiqui oseroit peindre Raphaël ou Rubens, quandils ont sait leur portrait eux-mêmes !
Par une fuite de ce respect religieux pourtous ces grands mots d’ame 8c de caractèredont la vie de Frédéric étincelle, je rappor-terai encore celui qu’il adresse, au milieu dela même bataille, à son régiment des gardes.Fatigués de tant d’efforts, les restes de cettefière infanterie sembloient ne plus vouloirles renouvelles; il court à eux: «Croyez-,, vous donc toujours vivre?” leur crie-1-il,8c avec cet élan sublime, il les ramène en-core une fois \ la mort, Quel beau mot !