iv DISCOURS
Sans doute pour n’avoir pas été vainqueur, il ne fautpas renoncer à porter les armes ; et l’on s’indigneraità la proposition d’un joug volontairement accepté ! Maisqu’importe qu’on frémisse du joug, ou qu’on l’accepte,si on n’a pas la force de le briser ?
La marine Anglaise a fait à toutes les marines, ce quel’armée française a fait à toutes les armées ; mais moinsardente à chercher périlleusement trop de gloire , etn’ayant pas été poursuivre ses victoires au milieu desglaces , elle a su acquérir à un moindre prix une domi-nation plus utile, et elle a su la conserver.
L’Angleterre a beaucoup dépensé pour sa flotte , maissa flotte lui a rendu par le commerce des richesses im-menses ; et prodigue d’un or semé pour en recueillirdavantage , ce peuple a été tellement et si sagement éco-nome d’un sang précieux, qu’en y regardant, on hésiteà le croire : la guerre de sept ans n’a coûté aux Anglais que 1512 marins tués ; la guerre d’Amérique moins dei5oo ; et les douze plus importantes actions de la der-nière guerre, seulement 1720 tués et 636o blessés ; desorte que les quarante campagnes faites sur mer depuisquatre-vingts ans, 11’ont pas été aussi meurtrières pour
dépense moyenne de la marine anglaise , a été de 35 millions par an , de 1720 à iy5o. Elle a été de65 millions par an, de 1^50 à 1775. Elle a été de 120 à i3o millions par an, pendant la guerred’Amérique . Pendant la guerre de la révolution , elle s’est successivement élevée si haut, qu’on l’avue de 200millions en 1798 , et de3oo millions en 1802. De 1817 à 1822 la dépense delà marineanglaise , pour ces six années de paix, est de 923 millions. On serait épouvante si on comptait ceque toutes les marines de l’Europe ont coûté ensemble, depuis l’e'poque peu ancienne où elles ontcommencé à se composer de vaisseaux de haut-bord.