LES C ESTE S DE JULES AFRICAIN. 433
toute une constellation, qu’on sait êtreau dessus du camp ennemi, & en y fi-xant constamment les yeux, on dirige la marche de ce côté. Mais en cas quedes nuées ôtent la vue des étoiles, on fait précéder la marche par les person-nes les mieux instruites des chemins & de la position del’ennemi, qui portentdes lanternes sourdes au haut de longues piques. Ces lanternes doiventavoir la figure quarré, & ne répandre la lumière par une peau mince & trans-parente, que d’un seul côté, afinqu’on ne puisse rien voir de loin, & qu’il n’yait que ceux qui les suivent qui en soyent éclairés.
Les troupes qu’on employera à de semblables expéditions, auront degrands boucliers, qui leur couvrent la meilleure partie du corps, de bonnesbottes, &c des lames de fer fous les plantes des piés pour être à l’abri deschauffe-trapes& des aiguillons. II faut encore qu’un autre corps de troupessuive à une certaine distance celui qu’on a destiné à l’attaque, autant pour lerassurer que pour faire peur à ceux de vos soldats qui voudroient s’enfuir.Vous partagerez ensuite vos troupes en trois différens corps, pour former au-tant d’attaques. Deux se porteront aux flancs du camp ennemi, & leplus fort l’attaquera de front, selon le chemin par lequel il est venu. Enmême temps toutes les trompettes de votre armée sonneront à la sois, & seferont entendre de tous côtés, pour faire croire que le nombre des assaiLrlans est plus fort qu’il n’est en effet. Certaines gens parlant la langue desennemis, se mêleront parmi eux & crieront à haute voix qu’on n’a qu’às’enfuir & se mettre en sûreté. Je conseille pourtant de ne pas leur couperentierement la retraite, afinque le désespoir n’échauffe pas leur courage aupoint de leur faire faire des efforts extraordinaires.
CHAPITRE LXX.
Des transfuges .
O n ne peut pas se dispenser d’accueillir les transfuges, il est mëme quel-quefois de votre intérêt de leur faire du bien. II faut cependant tou-jours être en garde contre eux, quand même ils embrasseroient vôtre reli-gion, &c qu’ils contracteroient des mariages parmi vous. C’est pourquoi,si ce font des personnes distinguées, on fait bien de fixer leur séjour dansquelque ville, & de les y observer, surtout s’il arrive qu’elle soit assiégée par1 ennemi qu’ ils ont abandonné. On souffre bien auffi des gens de la lie dupeuple quoique bannis & flétris publiquement pour des forfaits. Mais il faut
Tome III. Iii