DÉFENSE
Tite Live fait encore mention, dans beaucoup d’autres endroits, d’une seconde ligne,que les généraux firent avancer au secours de la premiere, mais comme les passages citéssuffisent pour décider la question, il seroit inutile d’accumuler les citations. Je me dis-pense par la même raison d’alléguer ce que Végéce dit en termes bien clairs contre cesénormes intervalles entre les cohortes. Jules Africain veut que la distance d’une co-horte à l’autre soit telle que cinq cavaliers y puissent passer de front.
Le Chevalier de Lo-looz est fort intrigue' pour expliquer les manœuvres que fai-soient les troupes de la seconde ligne, pour soutenir celles de la premiere. C’étoientfans doute les mêmes que faisoit la troisième ligne ou le corps de réserve, pour soute-nir celle qui la précedoit lorsqu’else étoit aux mains avec l’ennemi, & je ne conçoispas pourquoi on trouve l’un plus difficile que l’autre.
Lorsque les armées s’avançoient de part & d’autre pour livrer bataille, la secondeligne suivoit de près la premiere , & la troisième restoit en arriéré à certaine distance.Le récit que fait César de la bataille dePharsales & celui des autres auteurs en font foi.Pendant faction même les officiers de la seconde ligne, obíèrvoient attentivement lesmouvemens de la premiere. S’ils la voyoient avoir du pire, ou preíîè'e d’un côté plus qued’íin autre, ils faisoient sur le champ passer en avant des troupes fraîches qui en se glis-sant en partie entre les files, & en partie entre le peu d’intervalles qu’il y avoir d’une co-horte à l’autre, pénétroient jusqu’au front & remplacoient successivement ceux des soldatsqui étoient ou blessés, ou tués, ou trop fatigués. L’objet principal & caractéristique del’ordonnance des légions à rangs & files ouvertes, étoit de faciliter les manœuvres dessoldats qui venoient au secours pour soutenir le combat. Aussi jugeoit-on du fort d’unedisposition de bataille par la force & par l’emplacement de ce qu’on nommoit subjidia ,& on blâmoit les Généraux, qui agissoient à cet égard contre les principes de leur tac-tique.
Pour mieux éclaircir encore cette matière, je présenterai au lecteur un paíîàge trèsintéreííànt d’Appien dans lequel il détaille plusieurs circonstances de la bataille de Philippes,la mieux disputée & la plus décisive dont l’histoire Romaine fasse mention. Dion Cassius& Plutarque en font aussi la description, mais celle d’Appien est mieux détaillée & plusdans le style militaire. Je l’ai traduite auísi fidèlement qu’il m’a été possible.
Bel. Gît. „Le jour s’étoit déjà avancé jusques vers la neuvieme heure pendant qu’on se pré-
pâg LLz „paroit au combat, lorsqu’on apperçut dans Pair deux aigles qui combattoient entre les„deux armées qui gardoient un profond silence. L’aigle du côté de Brutus s’étant en-,,fui, les ennemis jetterent de grands cris, & on haussa de part & d’autre les enseignes.„Les armées s’approcherent fièrement & avec une grande animosité. En d’autres occa-,,fions les archers & les frondeurs commençoient le combat, et les soldats mêmes lan-„çoient les Pilons avant de se joindre; mais ici l'ardeur du soldat étoit si grande qu’on,,n’observa rien de ces pratiques : on s’aborda simplement l’épée à la main, on s’entre-„choqua avec toute l’impétuosité imaginable, & on s efforça de part & d’autre de gagner„du terrein, & de débusquer l’ennemi de ses rangs. Les soldats des Triumvirs combatti-