Band 
Vol. II.
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DES MÉMOIRES MILITAIRES. m

„rent plutôt pour leur vie que pour la victoire; „ceux de Brutus pour la victoire íèule &„pour se justifier de ce qu’ils avoient forcé leur Général à les mener au combat. Unj,grand nombre tomba fous le fer de Fennemi ; on enleva les cadavres des uns, & on rem.„placa les autres par des soldats qui étoient en arriéré.

„Les Généraux fe transposèrent d’un endroit de fa ligne a l’autre, on les vit par-tout, exhortant ceux qui avoient de l’avantage, à en profiter & à pousser leur pointe,,encourageant ceux qui avoient du dessous à faire de nouveaux efforts. Jls relevèrent,,par d’autres ceux qui étoient fur les dents, & firent en forte qu’il y eût toujours des,,troupes fraîches & de nouvelles forces fur le front de la bataille.

„A la fin pourtant, soit que la crainte de périr par la faim, soit que l’heureuíé desti-,,née du Général eut opéré cet effet, (car on ne fauroit du moins rien reprocher aux sol-„dats de Brutus) l’armée d’Auguste l’emporta fur celle de son ennemi , & la força à,,perdre. du terrein, ainsi qu’on vient à la longue à bout d’ébranler les plus pesantes.„machines. Quoiqu’au commencement elle ne fe repliât en arriéré que pas à pas, &„avec beaucoup de présence d’esprit; cela n’empêcha pourtant pas que la ligne ne íè„rompît enfin, & que les soldats ne se retiraffènt avec quelque précipitation. La fe-,,conde ligne entraînée fur le champ, & peu après la troisième, elles ne purent plus tenir,,ferme longtemps. Les troupes confondues perdirent leur ordonnance, & l’ennemi les,,serrant toujours de près, & avec beaucoup d’ardeur, elles prirent à la fin ouverte-,,ment la fuite. Les soldats d’Auguste, fe souvenant alors des ordres qu’on leur avoit„donnés, fe détachèrent en partie pour s’emparer au plutôt des portes du camp en-„nemi, &c.”

Le récit intéressant que fait ici Appien de cette célébré bataille de Philippes est fansdoute très propre à donner une idée claire de la maniéré de combattre des anciens Ro-mains. J1 met austì le comble aux preuves que j’ái alléguées contre le fysteme de tacti-que que mon critique leur attribue, & dont il avoit annoncé la prétendue découverte avecautant de d’emphafe que de préfomtion. Qui pourroit après avoir lu dans ce détail com-ment la défaite de la premiere ligne entraîna celle de la seconde & de la troisième, ajou-ter encore foi à mon critique qui affine que la seconde ligne n’existoit plus dans le com-bat, & que dans l’ordre de bataille elle n’étoit destinée qu’à remplir les intervalles de lapremiere? Tels font les paradoxes que le chevalier débite avec un grand air d’affùrance,fans doute pour cacher aux yeux des lecteurs une ignorance, qu’on a droit de releverdans un homme qui ose se charger du rôle de défendre M. Folard.

Le Chevalier me reproche encore dans ce chapitre d’avoir avancé que malgré l’abo-li «on des différentes chastes de soldats dans les légions, on ne leur avoit pas moins laisléles armes qu ils avoient portées autrefois, & que par conséquent il y avoit encore uncertain nombre de légionaires qui au lieu d e Pilons avoient de longues piques, pour rem-placer les Triaires de 1 ancienne milice. On voit dans la disposition d’Arrien que de.son temps les soldats étoient armés en partie de Pilons, & en partie de longues pi-ques. Pline & Tacite ne confirment pas moins Pemploi de ces deux eípeces d’ar-