$74
DÉFENSE
Mais c’est le moindre des défauts qu’on observe dans l’exposé de Mr. Folard. J'aiprouvé clairement que toute cette attaque en colonnes, dont il fait honneur à Scipion estle fruit de son imagination, & que Polybe dit nettement que la bataille s’engagea entreles troupes qui étoient de part & d’autre dans les deux premieres lignés, qu’on fitavancer celles de la seconde pour soutenir le combat de la premiere, & à la fin lesaffaires étant décidées entre ces corps avancés, que Scipion ordonna des manœuvrespar lesquelles toute lòn armée se mit fur une ligne pleine, pour faire face aux troupe*d’élite qu’Annibal avoir placées dans fa troisième ligne.
Ces manœuvres font décrites d f une maniéré si claire & si précise, qu’il ne fautqu’entendre un peu le grec pour les saisir d’après le détail qu’en fait Polybe. Moncritique ne veut pas toutefois les vérifier dans le texte; mais il àitijì l'on considère enTacticien ces manœuvres , on sentira qu!elles font de touie.impossibilité & qu!elles im-pliquent contradiction. Voilà une décision bien hardie & digne de la fougueuse pré-somption d’un Chevalier de Lo-looz! Est-il donc, d’une exécution si difficile & si impos-sible , de former une seule ligne de trois lignes placées à une petite distance l’une der-rière l’autre, & dont les petits corps qui les composent, font rangés par intervalles égauxà leur front ?
Selon ce que dit Polybe, les manipules de la premiere ligne íe íerroient vèrs lecentre pour remplir les intervalles; tandis que ceux de la seconde ligne les rempliííòientaussi, en s’étendant en deux portions égales du centre vers les ailes. Les deux mani-pules avoient, en partant du centre selon la supputation même du Chevalier 475. pasRomains à parcourir, avant que la seconde ligne fut en état de marcher en avant, & des’alligner à la premiere. Selon ce même calcul les Triaires ou les manipules de latroisième ligne, en s’étendant aussi en deux portions égales du centre vers les ailes,avoient 950 pas à marcher pour être à même de se mettre de front avec le reste dela ligne. Qu’est-ce donc qu’un espace de 950. pas Romains, ou de sept cens dixhuit toises que les troupes les moins mobiles parcourent en beaucoup moins d’unedemi heure?
Mais dit le Chevalier de Lo-looz la troisième ligne d’Annibal n’étoit éloignée de laseconde que de 115. pas ou d’un stade. Il est donc contradictoire, que les deux pre*«ûeres lignes d’Annibal étant battues, Scipion eût pû faire exécuter ces contremarchesque Polybe décrit. Car Annibal n’ayantque 115. pas à marcher, auroic p& fe jetter brus-quement fur les Romains, pendant qu’ils étoient occupés de l’exécution de ces mou-vemens. H en conclut que les manœuvres de Polybe font des contes à faire à un offi-cier superficiel, qui ne calcule aucune manœuvre & q u * adopte fans examen tout cequ’on fait imprimer.
Ce raisonnement fait assez voir que mon critique ne s’est pas donné la peine de lired’un boat à l’autre le récit que fauteur grec fait de cette bataille. Les deux premiere*