DES MÉMOIRES MILITAIRES. m
lignes d’Annibal marchèrent à la rencontre de celles de Scipion, tandis que la troisièmeligne ou son corps de re'serve ne bougea pas de fa place. Supposons la distance entre lesdeux armées avant la bataille de J. ou 600. pas, il s’ensuit, que les deux premieres ligness’éloignerent par cette marche en avant de plus de zjo. pas de la troisième, & qu’ainsile raisonnement du Chevalier qui se fonde uniquement fur l’intervalle < entre les lignesavant le combat, est par lui même défectueux.
Les deux premieres lignes en venant aux mains de part & d’autres, Polybe ditque le choc & le carnage en furent terribles, & que les Carthaginois étant défaits, il yeut tant de corps morts, & de si grands monceaux d’armes fur le champ de bataille queles manipules des Princes dans la seconde ligne ne purent paflèr en avant pour s’em-boiter, comme il étoit d’ufage, dans les intervalles de lapremiere; de forte qu’il fallutavoir recours aux contremarches pour former la ligne pleine. Polybe alléguant cetteraison, mon critique n’avoit pas lieu d’être surpris, que Scipion voulant former uneligne pleine pour aller attaquer la troisième ligne d'Annibal, riait pas enchâssé lesPrinces dani les intervalles des Hast aire s de > fa premiere ligne', quoique ce fut plusexpéditif plus simple & en même temps moins critique que toutes ces marches par leflanc décrites par Polybe .
Du côté des Carthaginois la défaite des deux premieres lignes fut suivie d’ungrand fracas & de beaucoup de désordre. D’abord les Hastaires les poursuivirent l’épéedans les reins en les rejettant fur la troisième ligne jusqu’à ce que Scipion jugea à pro-pos de les rappelles. Annibal dans ce moment n’eut rien de plus preíïe que de dé~harasser le front de tous ses fuyards, il ordonna pour cet effet aux soldats des premiersrangs de fa troisième ligne, de leur présenter la pique pour les forcer à s’écouler le longde la ligne. On peut aisément sc figurer, qu’il falloit du temps, avant que tou* lesdébris de ces deux lignes battues & dispersées eussent nettoyé le front. Si mon cri-tique dit donc que les évolutions de Scipion étoient contradictoires, parcequ’Annibaln’avoit que izj. pas à marcher pour joindre les Romains, il ne réfléchit a aucunedes circonstances que Polybe rapporte avec grand foin, comme étaht celles quiavoientempêché Annibal de passer au travers des fuyards, & qui prouvent évidemment queScipion avoir plus de temps qu’il ne lui en falloit, pour faire parcourir à quelques unsde ces manipules les 9 ; o. pas qu’ils avoient à faire avant de se mettre fur une seuleligne & en état de défense.
Mais le Chevalier ne faît que déclamer & décider la plupart du temps sens con-noiflànce de cause, comme il l’a fait d’un bout à l'autre de son ouvrage. Je fais quela critique est quelquefois utile. Mais il faut du moins que ceux qui s’en mêlent poste-.,dent un peu les matières dont il est question. Si je n’avois pas eû à repliq uer a tantd’objections frivoles & aux chicanes les plus indignes du nom de critique, mon apologieauroit été peut-être un peu plus intéreííànte qu’elle ne l’est. Au reste st n kst pas dou-