CONDUÍTE DES SIE’GES, Chapitre II. u
plus mal imaginé que la Digue à laquelle on travailla pro-digieusement tout le tems du Siège, & qui n’étoit pas en-core achevée Iorfqu’il fut levé.
S r en arrivant devant la Place, on eût relevé prompte-ment avec une centaine de Charpentiers, la partie de cetrajet où la prairie étoit plus élevée, on auroit achevé detraverser le reste de l’inondation par un Pont íur Cheva-lets , qui auroit été fait & parfait en huit jours de tems ; &cela avec d’autant plus de facilité, que nous avions lesBois de haute futaye ù une portée de fusil des Lignes.Nous n’en restâmes pas-là: on attaqua la Place par le plusfort, & on laisse par deux fois passer & repasser l’Eseaut ìil’Armée ennemie, A prendre quel Poste elle voulut, senslui faire le moindre empêchement ; & comme si l’on eûtappréhendé de n’avoir pas assez failli, on eut l’imprudencede dégarnir tellement Condé de toutes les munitions,qu’un mois après la levée du Siège de Valenciennes, cettePlace, pour lors le plus beau Poste que Je Roi avoit dansle Païs-Bas, fut contrainte de se rendre par famine à unEnnemi, qui par d’autres voies n’eût peut-être pas ose laregarder. Les Espagnols ne sirent pas de même dans Va-lenciennes. Us profitèrent sort bien du tems qui se passeavant que de les attaquer. Us firent des Travaux où il n’yen avoit pas , en raccommodèrent d’autres , furent fer-mes dans leurs Défenses , & ne manquèrent pas de don-ner la main fort à propos à leur Secours quand il sc pré-senta. Enfin , pour cette fois ils agirent en véritablesgens de cœur & d’eíprit. J’ai rapporté ici ce petit exem-ple de nos fautes, pour en autoriser la preuve ; beau-coup de gens qui vivent encore, en ont été témoins.Mais je serois trop long, si je voulois en faire autant detoutes celles qui ont été faites ailleurs.
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C H A-