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CHAPITRE IV.— ART. XXXI.
rait presque toujours de leur côté : maispour cela, il faut qu’ils saisissent, d’un coupd’œil sûr et rapide, l’instant où il convientde lancer la seconde ligne et la cavaleriesur les bataillons victorieux de l’adversaire ;car quelques minutes perdues peuvent de -venir irréparables, au point que les troupesde la seconde ligne seraient entraînées aveccelles de la première ;
12° De ce qui précède, il résulte pour l’at-taquant la vérité suivante : « C’est que le» plus difficile comme le plus sûr de tous» les moyens de réussir , c’est de bien faire» soutenir une ligne engagée par les troupes» de la seconde ligne, et celles-ci par la» réserve ; puis de bien calculer l’emploi» des masses de cavalerie et celui des bat-» teries, pour faciliter et seconder le coup» de collier décisif contre la seconde ligne» ennemie, car ici se présente le plus grand» de tous les problèmes de la tactique des» batailles. »
C’est dans cet acte important que la théoriedevient difficile et incertaine, parce qu’ellese trouve alors insuffisante et qu’elle n’éga-lera jamais le génie naturel de la guerre,ni le coup d’œil instinctif que donnera lapratique des combats à un général brave etd’un sang-froid éprouvé.
L’emploi simultané du plus grand nombrede forces possible, de toutes les armes com-binées , sauf une petite réserve de chacuned’elles qu’il convient d’avoir toujours sousla main (1) , sera donc , au moment décisifde la bataille, le problème que tout généralhabile s’appliquera à résoudre et qui devrafaire sa règle de conduite. Or, ce momentdécisif est bien ordinairement celui où lapremière ligne de l’un des partis serait en-foncée , et où tous les efforts des deux ad-
(1) Les grandes réserves doivent naturellementaussi être engagées quand il le faut, mais il estbon d’en garder toujours deux ou trois bataillonset cinq à six escadrons sous la main. Le général
versaires tendraient, soit à compléter lavictoire, soit à l’arracher à l’ennemi. Il n’estpas besoin de dire que pour rendre ce coupdécisif plus sûr et plus efficace, une attaquesimultanée sur un flanc de l’ennemi seraitdu plus puissant effet ;
1&“ Dans la défensive, le feu de mousque-terie jouera toujours un plus grand rôle quedans l’offensive, où il s’agit de marcher sil’on veut enlever une position ; or, marcheret tirer sont deux choses que des tirailleursseuls peuvent faire en même temps : il fauty renoncer pour les masses principales. Lebut du défenseur n’étant pas d’enlever despositions, mais de rompre et mettre en dés-ordre les troupes qui s’avancent contre lui,l’artillerie et la mousqueterie seront lesarmes naturelles de sa première ligne ; puis,quand l’ennemi serrera celle-ci de tropprès, il faudra lancer sur lui les colonnesde la seconde avec une partie de la ca-valerie; tout porte à croire qu’on le re-poussera.
Je ne saurais, sans entrer dans de vaguesthéories , qui dépasseraient d’ailleurs lesbornes de ce tableau, rien dire de plus surles batailles , si ce n’est d’offrir un aperçudes combinaisons de la formation et del’emploi des trois armes, ce qui fera le sujetdu chapitre VII.
Quant aux détails d’application et d’exé-cution des divers ordres de bataille , on nepeut rien recommander déplus complet quel’ouvrage du marquis de Ternay ; c’est lapartie remarquable de son livre. Et sanscroire que tout ce qu’il indique puisse sepratiquer en présence de l’ennemi, encoreest-il juste de convenir que c’est le meilleurouvrage de tactique qu’on ait publié enErance jusqu’à ce jour.
Moreau décida la bataille d’Engen avec quatrecompagnies du 58 e régiment, et on sait ce que le9 e léger et la cavalerie de Kellermann firent à Ma-
rengo.