CHAPITRE IV. — ART. XXXII.
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distantes entre elles de plusieurs lieues,tandis que Saint-Cyr, avec le tiers de l’armée(13,000 hommes ), devait courir au delà duflanc droit à quatre lieues sur les derrièresde ces 60,000 hommes, qui ne pouvaientmanquer d’être victorieux de ees fractionsmorcelées et de prendre celle qui voulaitles couper, sort auquel Saint-Cyr échappapar un miracle.
On se rappelle comment le même généralWeyrother , qui avait voulu entourer Na poléon à Rivoli, prétendit en faire autant àAusterlitz, malgré la sévère leçon qu’il avaitreçue sans profiter pour lui. On sait com-ment la gauche des alliés, voulant déborderla droite de Napoléon pour lui couper lechemin de Vienne (où il ne voulait pas re-tourner) par un mouvement circulaire deprès de deux lieues, laissa un vide d’unedemi-lieue dans la ligne, dont Napoléon profita pour tomber sur le centre isolé , etentourer ensuite cette gauche , enfournéeentre les lacs de Tellnitz et de Melnitz.
Enfin, on sait aussi comment Wellingtongagna la bataille de Salamanque par unemanœuvre à peu près semblable, parce quela gauche de Marmont, qui voulait lui cou-per la route du Portugal , laissa une lacuned’une demi-lieue, dont le général anglais profita pour battre cette aile dénuée desoutien.
Les relations de dix guerres que j’ai pu-bliées, sont pleines de pareils exemples,dont il serait superflu de multiplier ici lenombre, puisqu’il ne saurait rien ajouterà ce que nous venons de dire pour faire ju-ger, non-seulement des manœuvres tour-nantes, mais encore de toute lacune laisséedans la ligne de bataille, lorsqu’on doitcombattre un ennemi habitué à jouer un jeu
serré.
On jugera facilement, que si Weyrother avait eu affaire à Jourdan , à Rivoli commeà Austerlitz, il eût peut-être ruiné l’arméefrançaise au lieu d’essuyer lui-même unedéfaite totale. Car le général qui attaqua à
Stockach une masse de 60,000 hommes avecquatre petits paquets isolés et hors d’état dese seconder, n’aurait pas su profiter dumouvement trop large tenté contre lui. Demême Marmont joua de malheur à Salaman que en ayant à lutter contre un adversairedont le mérite le plus reconnu était un coupd’œil tactique éprouvé et rapide : devant leduc de York ou Moore, il eût probablementréussi.
Parmi les manœuvres tournantes qui ontréussi de nos jours, Waterloo etHohenlin-den furent celles qui eurent les plus brillantsrésultats ; mais la première fut presqu’unmouvement stratégique et accompagné d’unefoule de circonstances heureuses, dont leconcours se présente rarement. Quant àHohenlinden , on chercherait vainement dansl’histoire militaire d’autre exemple qu’uneseule brigade aventurée dans une forêt aumilieu de 50,000 hommes, y produise tousles miracles que Richepanse opéra dans cecoupe-gorge de Matenpœt, où il était bienplus probable qu’il dût poser les armes.
A Wagram, l’aile tournante de Davousteut une grande part au succès de la jour-née; mais si l’attaque vigoureuse, exécutéesur le centre par Macdonald , Oudinot etBernadotte , ne l’avait pas secondée à pro-pos, il n’est pas certain qu’il en eût été demême.
Tant d’exemples de résultats opposéspourraient faire conclure qu’il n’y a aucunerègle à donner sur cette matière, mais ceserait à tort, car il me paraît, au contraire,évident : « Qu’en adoptant en général un» système de batailles bien serre, et bien» lié , on se trouvera en mesure de parer à» tous les événements, et on donnera peu au» hasard : mais qu’il importe néanmoins„ avant tout, debien juger l’ennemi que l’on» doit combattre, afin de mesurer la har-» diesse des entreprises d’après le caractère„ et le système qu’on lui connaîtra.
„ Qu’en cas de supériorité numérique on» peut, aussi bien que dans celui de supé-
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