CHAPITRE IV.
ART. XXXIII.
I U
» riorité morale, tenter des manœuvres,» nui, à égalité de forces numériques et de» capacité dans les chefs, seraient irapru-» dentes.
» Qu’une manœuvre, pour déborder et» tourner une aile, doit être liée aux autres» attaques, et soutenue à temps par un effort» que le reste de l’armée ferait sur le front» de l’ennemi, soit contre l’aile tournée soit» contre le centre.
» Enfin, que les manœuvres stratégiques» pour couper une armée de ses communi-» cations avant la bataille, et l’attaquer ainsi» à revers sans perdre sa propre ligne de» retraite , sont d’un effet bien plus sûr et» bien plus grand , et de plus, ne nécessi-» tent aucune manœuvre décousue dans le» combat. »
Au demeurant, en voilà assez sur le cha-pitre des batailles combinées ; il est tempsdépasser à celles qui sont imprévues.
ARTICLE XXXIZI.
Rencontre de deux armées en marche.
C’est un des actes les plus dramatiquesde la guerre que celui qui résulte de cettesorte de rencontre imprévue de deux ar-mées.
Dans la plupart des batailles il arrive qu’undes partis attend l’ennemi dans un poste dé-terminé d’avanoe, et que l’autre armée val’y attaquer, après avoir reconnu cette posi-tion aussi bien que la chose est possible.Mais il arrive aussi fréquemment, surtoutdans le système moderne, et dans les retoursoffensifs de l’un des partis, que deux arméesmarchent l’une sur l’autre, avec l’intentionréciproque de s’attaquer sans le savoir :alors il en résulte une espèce de surpriserespective, car les deux partis sont égale-ment déçus dans leurs combinaisons, puis-qu ils trouvent l’ennemi là où ils ne s’atten-
daient nullement à le rencontrer. Enfin, ilest aussi des cas où l’une des deux arméesse laisse attaquer en marche par son adver-saire qui lui prépare cette surprise, commecela arriva aux Français à Rosbach.
C’est dans ces grandes occasions que sedéploie tout le génie d’un habile général,d’un guerrier capable de dominer les événe-ments ; c’est là où l’on reconnaît le cachetdu grand capitaine. Il est toujours possiblede gagner une bataille avec de braves trou-pes, sans que le chef de l’armée puisse s’ar-roger la moindre part aux succès de lajournée, mais une victoire comme celles deLutzen , de Luzzara, d’Eylau , d’Abensberg ,ne peut être que le résultat d’un grand ca-ractère joint à une grande présence d’espritet à de sages combinaisons.
Il y a trop de hasard et trop de poésiedans ces sortes de rencontres, pour qu’ilsoit aisé de donner des maximes positivessur ces batailles fortuites ; toutefois, c’estdans ce cas principalement qu’il imported’être bien pénétré du principe fondamentalde l’art, et des différentes manières de l’ap-pliquer, afin de faire tendre à ce but toutesles manœuvres qu’on sera dans le cas d’or-donner à l’instant même, et au milieu dufracas des armes. Ce que nous avons ditdes manœuvres improvisées , à l’article 31,est donc la seule règle à donner pour cescirconstances imprévues ; il suffira de lescombiner avec les antécédents et avec lasituation physique et morale des deux partis.
Deux armées marchant, comme elles lefaisaient jadis, avec tout l’attirail du campe-ment, et se rencontrantàl’improviste, n’au-raient sans doute rien de mieux à faire qu’àdéployer d’abord leurs avant-gardes à droiteou à gauche des routes qu’elles parcourent.Mais chacune d’elles devrait en même tempsmasser le gros de ses forces, pour le lancerensuite dans une direction convenable, se-lon le but qu’elle aurait en vue ; on commet-trait une faute grave en voulant déployertoute l’armée derrière l’avant-garde, parce