CHAPITRE V. — ART. XXXVI.
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vers Giurgewo , soit vers Crajowa, et mêmeà la droite du fleuve vers Routschouk .
Ce seul exemple suffit pour prouver qu ilest des cas où l’on ne peut se dispenserd’avoir un double front stratégique, ce quiforcera dès lors à détacher un corps consi-dérable pour faire face à une portion del’armée ennemie qu’on laisserait derrièresoi. Nous pourrions citer d’autres localitéset d’autres circonstances où cette mesurene serait pas moins nécessaire : l’une est ledouble front stratégique du Tyrol et duFrioul pour une armée française qui passel’Adige ; de quelque côté qu’elle veuille di-riger son effort principal, elle ne peut lefaire sans laisser sur l’autre front un corpsproportionné aux forces ennemies qui pour-raient s’y trouver; autrement elle abandon-nerait toutes ses communications. Le troi-sième exemple est la frontière d’Espagne ,qui présente aussi la facilité aux Espagnols •l’établir un double front, l’un en couvrantle chemin direct de Madrid , l’autre se ba-sant soit sur Saragosse ,. soit sur la Galice :de quelque côté que l’on veuille agir, ilfaut laisser vers l’autre un détachementproportionné à l’ennemi.
Tout ce que l’on peut dire sur cette ma-tière, c’est qu’il est avantageux d’élargirautant que possible le champ d’opérations,et de rendre mobiles ces forces laissées enobservation, toutes les fois qu’on pourra lefaire et qu’il s’agira de frapper des coupsdécisifs. Une des preuves les plus remar-quables de cette vérité fut donnée par Na poléon dans la campagne de 1797. Obligéde laisser un corps de 15,000 hommes dansla vallée de l’Adige , pour contenir le Tyrolpendant qu’il se portait sur les Alpes Nori-ques, il préféra attirer ce corps à lui, aurisque de compromettre un moment saligne de retraite, plutôt que de laisser lesdeux fractions de son armée désunies etexposées à être accablées en détail. Persuadéqu’il vaincrait avec son armée s’il la réunis-sait, il jugea que la présence momentanée
de quelques détachements ennemis sur sescommunications serait dès lors sans danger.
Les grands détachements mobiles ettemporaires se font pour les motifs sui-vants :
1° Contraindre l’ennemi à la retraite enmenaçant sa ligne d’opérations, ou couvrirla sienne propre ;
2° Marcher au-devant d’un corps ennemiet empêcher sa jonction, ou bien faciliter lajonction d’un renfort attendu;
8° Observer et contenir une grande frac-tion de l’armée ennemie, tandis que Tonprojette de frapper un coup sur l’autre por-tion de cette armée ;
4° Enlever un convoi considérable devivres ou de munitions, duquel dépendraitla continuation d’un siège ou le succèsd’une entreprise stratégique; protéger l’ar-rivée d’un convoi qu’on attend soi-même ;
5° Opérer une démonstration à l’eftètd’attirer l’ennemi dans une direction où Tondésire qu’il marche, pour faciliter une opé-ration entreprise d’un autre côté ;
6 Ü Masquer et même investir une ou plu-sieurs grandes places pendant un tempsdonné, soit qu’on veuille les attaquer, soitqu’on veuille se borner à enfermer la garni-son dans ses remparts ;
7° Enlever un point important sur lescommunications d’un ennemi déjà en re-traite.
Quelque séduisant qu’il puisse paraîtred’ohtenir les divers buts indiqués dans cettenomenclature, il faut avouer néanmoins quece sont toujours des objets plus ou moinssecondaires, et que l’essentiel étant detriompher sur les points décisifs, il faut segarder de s’abandonner à l’entraînementdes détachements multipliés, earon a vu biendes armées succomber pour n’avoir pas surester concentrées.
Nous rappellerons ici plusieurs de eesentreprises pour prouver que leur succèsou leur perte dépend, tantôt de T à-propos ,tantôt du génie de celui qui les dirige, plus